EXCLUSIF. À la suite d’un engrenage de harcèlement mutuel sur les réseaux sociaux, une collégienne de 12 ans a été sauvagement agressée au couteau par une camarade à Villeneuve-Tolosane. Cet incident dramatique met en lumière l’incapacité des institutions à désamorcer les conflits scolaires avant qu’ils ne basculent dans le champ judiciaire. Alors que les témoins ont préféré filmer la scène en direct plutôt que d’intervenir, le conseil de discipline a prononcé l’exclusion définitive de quatre élèves. Récit d’un drame de la rue qui s’est invité dans la cour de récréation
Six points de suture entre l’omoplate et le cou, quatre plaies similaires le long de la cuisse gauche. Ces blessures ne devraient pas apparaître sur le corps d’une enfant de 12 ans. Elles sont pourtant la conséquence d’une sauvage agression survenue au collège de Villeneuve-Tolosane, le 2 juin 2026. « Je ne dors plus, chaque fois que je me balade dans la rue, j’ai peur de croiser Alicia (1). Mes parents sont également traumatisés », confie la victime de 12 ans, défendue par Me Sarah Nabet-Claverie.
Un arbitrage judiciaire plutôt que scolaire
Cette attaque au couteau est le résultat d’une affaire qui s’est calquée au rythme de la justice plutôt qu’à celui de l’école. Là où les conflits auraient dû être désamorcés par la direction de l’établissement en convoquant les familles, les proches ont préféré se tourner vers la voie judiciaire et ses enquêtes souvent très longues. Face à l’urgence, les forces de l’ordre manquent parfois de moyens et doivent hiérarchiser leurs priorités.
L’auteure des coups de couteau avait pourtant déposé plainte contre la victime au mois de décembre 2025, après s’être évanouie à la suite d’un coup de sac à dos reçu en pleine tête. « C’était un jeu, je n’avais aucune idée de la plainte », promet Mélissa. Elle assure, avec des éléments concrets en main, qu’elle a également été l’objet de moqueries sur les réseaux sociaux quelques jours avant les faits. Certains incidents ont été remontés aux professeurs, à la CPE et à la direction, affirment les familles des protagonistes. Pourtant, la spirale du harcèlement mutuel et de l’humiliation ne s’est jamais brisée. Au contraire, elle s’est accélérée jusqu’au drame absolu, le cauchemar que tous les parents redoutent.

L’escalade de la violence et le voyeurisme numérique
Le 1er juin, Alicia a demandé à Mélissa de la suivre derrière le collège pour une explication. Les deux adolescentes s’étaient donné rendez-vous pour s’expliquer, mais la confrontation a basculé dans la violence de rue. Alicia, armée d’un couteau, a asséné quatre coups qui auraient pu être mortels, laissant sa camarade au sol, dans le sang. « J’ai senti des petits picotements dans le cou. Et puis, un liquide qui coulait. J’ai compris qu’elle m’avait plantée. Puis elle m’a poursuivie pour me donner trois autres coups à la cuisse », poursuit la victime. « Au risque de toucher l’artère fémorale », précise son avocate.
Elle a appelé à l’aide mais la dizaine de personnes présentes autour n’a pas réagi. « Ils préféraient filmer la scène pour la diffuser en direct sur les réseaux sociaux pendant que je perdais mon sang. Un garçon m’a finalement porté secours en appuyant sur les plaies pour contenir l’hémorragie, heureusement », confie-t-elle. Son père est arrivé quelques minutes après. « Elle était au sol, sous une bâche. Les gendarmes m’ont dit qu’elle avait été agressée. Vous vous rendez compte ? », témoigne Ahmed, son père.

Traumatisme et suites pénales
Depuis les faits, le médecin légiste a prescrit 6 jours d’ITT, une décision lourde sur le plan pénal. L’auteure présumée des coups, défendue par Me Alexandre Parra-Bruguière, a été mise en examen et placée sous contrôle judiciaire. De son côté, la victime confie ses angoisses : « J’ai peur de la croiser. Le collège m’a demandé si je voulais rester là l’année prochaine. Pour l’instant, j’ai pris la décision de poursuivre ma scolarité au même endroit ».
Des sanctions disciplinaires immédiates
Réuni le 19 juin, le conseil de discipline (14 personnes, dont des professeurs, représentants de parents d’élèves et membres de l’équipe éducative) a prononcé de lourdes sanctions à la hauteur de la gravité des faits. Quatre des cinq élèves de cet établissement impliqués dans l’affaire, dont l’auteure des coups de couteau, ont écopé de la sanction la plus grave : l’exclusion définitive.













