L’Occitanie compte parmi les régions les plus touchées par la pauvreté en France, avec 18,6 % de sa population vivant sous le seuil de bas revenus selon le dernier tableau de bord de l’Insee. En Haute-Garonne, département pourtant le mieux loti de la région, un chiffre interpelle particulièrement : la quasi-totalité des bénéficiaires du RSA majoré sont des femmes.
Une région sous tension, un département en apparence épargné
Troisième région la plus peuplée de France avec 6,2 millions d’habitants, l’Occitanie voit sa précarité s’installer durablement, puisque 195 000 foyers percevaient le revenu de solidarité active fin 2024. En intégrant l’ensemble des membres de ces foyers, ce sont 387 000 personnes qui dépendent de cette allocation, soit 8,3 % de la population régionale de moins de 65 ans, un taux supérieur de deux points à la moyenne nationale.
La Haute-Garonne affiche pourtant le taux de pauvreté le plus faible d’Occitanie, autour de 14 %, porté par le dynamisme économique de l’aire toulousaine et son bassin d’emploi aéronautique. Mais ce chiffre départemental masque de fortes disparités locales, car le Comminges dépasse les 18 % de ménages pauvres tandis que Toulouse Métropole approche les 16 %. Dans les 19 quartiers prioritaires que compte le département, dont les douze de Toulouse, c’est même près d’un habitant sur deux qui vit sous le seuil de pauvreté, un contraste saisissant avec l’image d’un territoire globalement préservé.
Le RSA majoré, un dispositif presque exclusivement féminin
Parmi les allocataires du RSA, environ un sur dix perçoit la version majorée de cette prestation, réservée aux parents isolés élevant seuls un ou plusieurs enfants de moins de 25 ans. C’est précisément sur ce point que les données haut-garonnaises frappent les esprits, puisque 95 % des bénéficiaires de ce RSA majoré dans le département sont des femmes, contre seulement 5 % d’hommes. Un écart qui ne se retrouve dans aucune autre composante du RSA.
Ce déséquilibre traduit une réalité bien documentée de la monoparentalité en France, où les mères se retrouvent très majoritairement seules à assumer la charge financière et éducative de leurs enfants après une séparation. Le phénomène n’est pas propre à la Haute-Garonne, d’autant que l’Insee observe des proportions comparables dans l’ensemble des départements d’Occitanie, où elles oscillent le plus souvent entre 91 et 95 %. Mais il prend ici une dimension particulière puisque le département concentre une population jeune et de nombreuses familles récemment installées, parfois éloignées de leurs réseaux de solidarité familiale, ce qui accentue l’isolement de ces mères une fois seules avec leurs enfants.
Des poches de pauvreté bien identifiées sur le territoire
Au-delà de ce cas précis, la géographie de la précarité en Haute-Garonne reste très contrastée. Hors de l’aire toulousaine, où résident seulement 86 000 des 1,4 million de Haut-Garonnais, le taux de pauvreté grimpe à plus de 17 %, soit quatre points de plus que dans le reste du département. L’accès aux soins y est également plus difficile, puisque moins d’un habitant sur deux dispose d’un médecin généraliste dans sa commune, ce qui complique encore la situation des familles les plus fragiles.
À l’inverse, dans l’agglomération toulousaine, la pauvreté se concentre davantage dans certains quartiers urbains bien identifiés, comme le Mirail qui rassemble à lui seul plus de 32 000 habitants. Cette double géographie, rurale au sud et urbaine dans la métropole, complique la mise en œuvre de politiques publiques uniformes et impose aux collectivités d’adapter leurs dispositifs selon les territoires plutôt que de raisonner à l’échelle du seul département.
Quelles réponses face à ce constat
Face à ces chiffres, le Département de la Haute-Garonne et la Caisse d’allocations familiales multiplient les dispositifs d’accompagnement, qu’il s’agisse du soutien à la parentalité, de l’aide à la garde d’enfants ou de l’accompagnement vers l’emploi des allocataires du RSA. Le Pacte des Solidarités, qui a succédé à la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, doit désormais irriguer ces politiques locales dans les prochains mois, avec un accent particulier mis sur les familles monoparentales.
Reste que les données 2024 confirment une tendance de fond difficile à inverser à court terme, tant les mécanismes qui exposent davantage les femmes à la précarité, séparation, temps partiel subi, garde d’enfants, s’enracinent dans la durée. La prochaine édition du tableau de bord de l’Insee, attendue dans un an, permettra de savoir si les efforts engagés commencent réellement à produire leurs effets, notamment pour ces femmes isolées avec enfants, premières concernées par une précarité qui, en Haute-Garonne, ne dit pas toujours son nom.

















