Dans la zone industrielle de Vic, à Castanet-Tolosan, à quelques minutes au sud de Toulouse, une usine discrète tourne à plein régime. C’est la plus petite des cinq sites de production de Coca-Cola en France, avec ses 106 salariés et ses deux lignes d’embouteillage. Pourtant, ce que sortent ses machines chaque heure laisse sans voix : 36 000 bouteilles de 50 cl, cadence métronomique, sept jours sur sept.
1968, les débuts : de la limonade artisanale au soda planétaire
Tout commence en 1968, quand Coca-Cola inaugure son site de Castanet-Tolosan. À l’époque, le site est modeste et tourne sur une seule ligne, principalement dédiée à une production artisanale de limonade. La commune n’est alors qu’une bourgade agricole du Lauragais, bien loin de l’agglomération toulousaine qu’elle longe aujourd’hui. L’usine grandit pourtant au fil des années, portée par des investissements réguliers qui transforment progressivement l’outil de production.
Le tournant majeur arrive entre 2009 et 2012, quand 23 millions d’euros sont injectés pour installer une deuxième ligne d’embouteillage, fabriquée par Sidel. Cette ligne introduit une particularité technique notable : le soufflage des préformes en PET et le remplissage des bouteilles sont réalisés dans un seul et même bloc, ce qui accélère considérablement la cadence. C’est précisément cette deuxième ligne qui hisse l’usine à sa capacité actuelle de 36 000 bouteilles par heure pour les formats 50 cl, contre 15 000 pour l’ancienne ligne, encore opérationnelle pour les grands formats.
La plus petite, mais loin d’être négligeable
Sur la carte des usines françaises de Coca-Cola Europacific Partners France, Castanet-Tolosan est bien la cadette. Les quatre autres sites, implantés à Grigny, Dunkerque, Clamart et Les Pennes-Mirabeau, la surpassent largement en superficie et en effectifs. Et pourtant, ce site de Haute-Garonne produit à lui seul environ 10 % des sodas du groupe en France, ce qui représente près de 180 millions de litres de boissons par an.
Ce chiffre est d’autant plus remarquable que les deux lignes tournent en produisant une gamme large : les déclinaisons de Coca-Cola (original, light, sans sucre, cherry), mais aussi Fanta, Sprite, Powerade, Fuze Tea ou Minute Maid. La ligne la plus rapide traite les bouteilles de 50 cl à 36 000 unités par heure, tandis que la seconde descend à 24 000 pour les formats 2 litres. Au total, le site approvisionne l’ensemble du grand Sud-Ouest français, des supermarchés aux distributeurs automatiques.
Du sucre betteravier et un code caché sous le bouchon
Pour produire autant, l’usine a besoin d’un approvisionnement régulier en matières premières, et c’est là que quelques détails méritent qu’on s’y attarde. Le sucre utilisé dans les boissons est issu de la filière betteravière française, et pour limiter son empreinte carbone dès le transport, il arrive à Castanet-Tolosan par le train jusqu’à la gare de Saint-Jory, avant de terminer son voyage en camion. Une chaîne logistique pensée dans le détail, qui illustre bien la philosophie industrielle du site.
Autre anecdote que peu de consommateurs connaissent : chaque bouteille porte un code discret, imprimé en blanc près du bouchon. La mention « TO » indique que la bouteille a été produite à Toulouse, là où « MA » renvoie à Marseille et « PA » à Paris. Un moyen simple de tracer l’origine géographique de chaque unité et de vérifier, bouteille en main, qu’elle vient bien du site toulousain.
Une usine pionnière sur la décarbonation
Ce qui distingue encore davantage Castanet-Tolosan au sein du groupe, c’est le virage environnemental qu’a pris le site ces dernières années. Depuis 2019, plusieurs chantiers se sont succédé : installation de systèmes de récupération de chaleur, remplacement des compresseurs à froid, déploiement de près de 1 500 panneaux solaires sur le toit de l’entrepôt logistique. Résultat concret : la chaudière à gaz du site a été mise à l’arrêt complet depuis le 20 mars 2023, une première pour une usine du groupe en France.
L’entrepôt logistique lui-même, inauguré en 2019 après un investissement de 7 millions d’euros, est conçu pour produire une partie de son énergie en autonomie, puisque ses 80 % de toiture en panneaux solaires couvrent l’intégralité des besoins électriques liés à la logistique du site. Ces efforts ont valu à Castanet-Tolosan d’obtenir la certification PAS 2060, qui atteste d’une trajectoire validée vers la neutralité carbone, une première pour une usine Coca-Cola en France.
Sur la performance en eau, le site affiche un ratio exceptionnel : 1,15 litre d’eau suffit pour produire 1 litre de boisson, ce qui le place dans le top 3 mondial des usines les plus économes du réseau Coca-Cola. L’ensemble des déchets du site est recyclé ou valorisé énergétiquement. Pour une usine de cette taille, c’est une trajectoire qui force le respect.













