On la traverse en voiture sur la route des Pyrénées sans toujours s’y arrêter. Pourtant, Saint-Gaudens fut pendant des siècles la capitale politique, religieuse et commerciale d’un vaste territoire qui s’étendait sur quatre départements actuels. Sous-préfecture discrète de 12 000 habitants aujourd’hui, la ville conserve un patrimoine méconnu que peu de Toulousains ont pris le temps d’explorer, alors qu’elle n’est qu’à une heure de route.

La capitale oubliée du comté de Comminges
Le comté de Comminges fut l’une des grandes puissances féodales du Midi. À son apogée au Moyen Âge, son territoire couvrait des pans entiers de ce qui est aujourd’hui la Haute-Garonne, le Gers, les Hautes-Pyrénées et l’Ariège, si bien que la ville qui en constituait le coeur économique pesait d’un poids considérable dans les équilibres de la région. Saint-Gaudens, dont le nom dérive de celui d’un jeune berger chrétien martyrisé par les Wisigoths à la fin du Ve siècle, s’est construite autour de sa collégiale à partir du XIe siècle et a rapidement concentré foires, marchés et pouvoirs.
En 1202, le comte de Comminges Bernard IV fit consigner les coutumes liant ses ancêtres à la ville dans un document exceptionnel, la Grande Charte de Saint-Gaudens, qui régla la vie municipale, fiscale et judiciaire des habitants jusqu’en 1789, et dont la ville conserve toujours une copie sur parchemin datant de 1345. Le marché du jeudi, mentionné dans cette charte, se tient encore aujourd’hui place du Mas.
La ville accueillit également la confirmation du nom de Saint-Gaudens par le pape Clément V en 1309, lui-même ancien évêque du Comminges, ce qui donne une idée du prestige dont jouissait la cité à cette époque. Au XVIe siècle, les troupes protestantes du comte de Montgomery la mirent à sac en 1569, épisode qui laissa des traces durables dans le tissu bâti.
La collégiale et son cloître, un trésor roman trop discret
Le monument le plus révélateur du passé de Saint-Gaudens reste sa collégiale Saint-Pierre-et-Saint-Gaudens, classée monument historique dès 1840. Édifiée à partir du XIe siècle selon un plan basilical pyrénéen à trois nefs, elle témoigne d’une ambition architecturale comparable à celle de Saint-Sernin de Toulouse, que ses bâtisseurs avaient clairement en tête. Des tailleurs de pierre venus d’Aragon et de Navarre sculptèrent les chapiteaux romans des premières travées, dont plusieurs sont aujourd’hui exposés au musée des Cloîtres de New York, vendus lors de la dispersion du patrimoine révolutionnaire.
Le cloître, lui, fut démoli sous le Premier Empire et reconstruit entre 1986 et 1989 grâce au travail opiniâtre d’un érudit commingeois, Gérard Rivère, qui identifia et réunit les chapiteaux originaux ou leurs moulages dispersés aux quatre coins du monde. Le résultat est saisissant : on déambule sous les arcades en marbre de Saint-Béat parmi des chapiteaux qui ont voyagé sur plusieurs continents avant de retrouver leur place d’origine. À l’intérieur de l’édifice, trois tapisseries d’Aubusson du XVIIIe siècle et un orgue de Cavaillé-Coll complètent ce tableau que les amateurs d’art roman feraient bien de ne pas manquer.
Qu’en est-il de Saint-Gaudens aujourd’hui ?
Le patrimoine de Saint-Gaudens ne se limite pas à sa collégiale. Le jardin public abrite des fragments du cloître de l’abbaye cistercienne de Bonnefont, fondée en 1136 et dont les pièces les plus remarquables sont elles aussi parties enrichir les collections du musée des Cloîtres de New York après la Révolution. L’abbaye elle-même, à une dizaine de kilomètres, fait l’objet d’une restauration progressive et propose des visites guidées en été.
La promenade des Pyrénées, boulevard en balcon au-dessus de la plaine garonnaise, offre l’un des panoramas les plus larges sur la chaîne, du Pic du Gar au Cagire, par temps clair jusqu’aux sommets de plus de 3 000 mètres. Un point de vue que les habitants contemplent chaque matin avec une familiarité que les visiteurs de passage ne soupçonnent pas.
Pourquoi la ville a perdu de son rayonnement
Le déclin relatif de Saint-Gaudens tient à plusieurs facteurs qui se sont conjugués sur plusieurs siècles. La centralisation administrative a progressivement renforcé Toulouse au détriment des capitales régionales secondaires, si bien que la ville a perdu son rôle de pôle de décision politique. L’industrialisation, qui a profité à d’autres cités comme Carmaux ou Pamiers, n’a pas vraiment touché la ville, laquelle a conservé une économie agricole et commerciale sans jamais connaître le boom démographique de ses voisines.
Résultat : Saint-Gaudens se trouve aujourd’hui dans cette position singulière de ville qui a beaucoup à montrer sans avoir encore appris à se faire remarquer. À une heure de Toulouse par l’A64, elle constitue pourtant une porte d’entrée idéale vers les Pyrénées centrales et vers les sites remarquables du Comminges, dont Saint-Bertrand-de-Comminges à une vingtaine de kilomètres, comme nous vous le disions dans un récent article. Pour qui cherche à sortir des circuits touristiques saturés sans s’éloigner de la Ville rose, l’escale vaut nettement le détour.



















