REPORTAGE. À Portet-sur-Garonne, commerçants, riverains et parents d’élèves ne décolèrent pas. Après le départ des gens du voyage qui squattaient depuis un mois et demi, déchets et déjections sont toujours là, à la vue de tous, y compris des élèves de l’école maternelle Jean-Jaurès. La Dépêche a été sur place.
L’odeur est saisissante lorsque l’on s’approche. Une senteur âcre, renforcée par la chaleur de ce début septembre. Entre le samedi 29 et le lundi 31 août, une partie des caravanes de gens du voyage a fini par quitter la zone commerciale de Portet-sur-Garonne. Mais ce jeudi 3 septembre, le paysage laissé derrière elles s’apparente à une véritable scène de désolation.
Au bord de la chaussée, des couches sales traînent, côtoyant des déchets plastiques, du papier toilette et d’autres détritus. Au pied du conteneur de collecte Le Relais, des monticules de vêtements gisent en vrac. Sur les parkings, on retrouve canapés, fauteuils et chaises sales, laissés sur place.

Plus inquiétant encore, des coffrets électriques et de gaz ont été arrachés, laissant pendre des câbles dénudés à même la voirie.
« On nous laisse dans un dépotoir »
« Vous avez vu ça ? C’est de l’urine et des déjections partout ! », s’indigne Élisabeth, venue promener son chien. Habitante du quartier depuis 26 ans, elle n’avait jamais assisté à un tel spectacle : « Moi, je ramasse les crottes de mon chien. Là, c’est tout bonnement écœurant. Je suis malade quand je vois ce qu’est devenu le quartier. On nous laisse dans un dépotoir. »
À ses côtés, Philippe Delernia, un autre habitant du quartier, ne décolère pas : « La mairie a mis des bennes à disposition. Ils n’auraient pas pu installer des toilettes mobiles ? »
Le cri de détresse des commerçants
Du côté des enseignes, la colère se mêle au découragement. Après plus d’un mois de squat et quatre vagues d’occupations depuis avril, les dégâts financiers et matériels sont lourds : clims et câbles en cuivre volés, matériel dégradé. Joël Manchon, commerçant de la zone, a réclamé une aide à la municipalité pour nettoyer.

Arnaud Goig, locataire du terrain de l’ancien Movida, est du même avis : « On subit de plein fouet l’insécurité et l’insalubrité. Les clients et les commerçants fuient la zone, déplore-t-il. Aujourd’hui, on réclame un coup de main de la mairie pour nettoyer. »
Des déjections à quelques mètres d’une cour de récréation
Devant la vue de l’école maternelle Jean-Jaurès, Philippe Delernia déplore : « Ils ont envoyé un cantonnier avant la rentrée. Le chemin est propre, la cour aussi, mais un mètre plus loin, c’est le dépotoir. » Papier toilette et déjections humaines jonchent encore une zone herbeuse privée, juste en face de la cour de récréation et d’un chemin emprunté quotidiennement par des collégiens.
Devant l’établissement ce jeudi matin, une mère de famille tombe des nues : « C’est horrible… Je récupère mon fils devant l’école donc je ne me rendais pas compte, mais là, ça donne directement sur leur cour de récréation ! »
Sollicitée, la municipalité de Portet-sur-Garonne rappelle que le chemin a été désinfecté dès le départ des occupants, mais refuse d’intervenir sur les espaces privés : « On ne peut pas faire supporter le coût du nettoyage aux contribuables pour des terrains privés. Nous avons alerté les propriétaires pour qu’ils agissent au plus vite. » Selon la Ville, l’endroit devrait être nettoyé cette semaine. En attendant, riverains et commerçants continuent d’avoir le cœur levé en voyant leur quartier défiguré.












