Abdelouaheb, 34 ans, a été condamné à 18 mois de prison, dont six ferme, par le tribunal correctionnel pour refus d’obtempérer, conduite sans permis et sous l’emprise de stupéfiants. Le 8 août, il avait semé le chaos sur les routes, mettant en danger la vie d’autrui. Son véhicule a été confisqué. Histoire d’un pétage de plombs, de Marseille à Toulouse.
Trois refus d’obtempérer par heure. Effarante statistique. Tee-shirt blanc frappé du crocodile vert, tignasse sculptée en palmier, Abdelouaheb, 34 ans, casier vierge, ne fait pas baisser la moyenne nationale. Pendant une demi-heure, près de Toulouse, il a rendu chèvres les gendarmes. Ce père de famille est jugé en comparution immédiate pour refus d’obtempérer donc, conduite sans permis et sous stups, et mise en danger de la vie d’autrui.
« J’ai un permis du bled ! »
Il ne fait pas encore nuit, le 8 août dernier, lorsque le véhicule au volant duquel il roule à tombeau ouvert est signalé. Les caméras de surveillance de Saint-Orens immortalisent son intolérable gymkhana. « Vous effectuez des dépassements dangereux, vous vous immobilisez en travers de la route, vous bloquez la circulation. En d’autres termes, vous êtes un danger public », résume le président du tribunal correctionnel. « Et en plus, vous n’aviez pas le droit de conduire ! ».
Le prévenu hasarde une explication. « C’était la voiture de ma femme. J’ai un permis du bled. Quand on m’a arrêté à Marseille c’était valable (sic), donc quand je suis arrivé ici, je pensais pouvoir conduire ». Moue du magistrat. Six ans que cet Algérien vit en France. La cité phocéenne revient à intervalle régulier dans son propos. « À Marseille, je n’ai jamais fait ça ». « J’ai un travail à Marseille ». Marseille-Toulouse. Les deux capitales du règlement de comptes en France.
« Ça va te calmer »
Les gendarmes entrent en piste. Le chauffard les nargue. « Vous faites mine de vous arrêter. Ils descendent. Vous repartez ». « J’étais inconscient. À Marseille ça ne m’arrive jamais ». Un ange passe. Les gendarmes parviennent à briser son pare-brise à coups de matraque. « Ça ne vous a pas freiné ». Le stop-stick crève ses pneus. Il fait marche arrière.
« Vous aviez pris quoi ? », l’interroge la procureure. « Ça fait six ans que je n’ai pas vu ma mère. J’ai croisé une connaissance. Il m’a donné un petit sachet en me disant : ça va te calmer. C’était une erreur ». Les tests ont révélé la présence de cannabis et de cocaïne. Bad trip. Le parquet requiert 18 mois dont 9 ferme en dépit d’un casier vierge.
« Il n’avait jamais consommé de drogue »
« Il y avait trois drogues de la famille des opioïdes mélangées dans ce sac. Il n’a jamais consommé de drogue de sa vie. Cela a démultiplié son état d’inconscience. Il s’est réveillé le lendemain dans une cellule de garde à vue : il avait tout oublié », tente de convaincre Me Noémie Zerbib, du barreau de… Marseille.
Le tribunal condamne finalement Abdelouaheb à 18 mois de prison dont six ferme avec maintien en détention. « Au vu de la gravité des faits, vous restez en prison », tranche le président. Interdiction de passer le permis avant un an. Confiscation du véhicule. La route vers Marseille risque d’être longue.














