À sa bande de « potes » de Toulouse et d’ailleurs, Christophe, 33 ans, a vanté les charmes de l’île Maurice. Ce programme immobilier de luxe qui sortait de terre, c’était la chance de leur vie. Un investissement dans un paradis terrestre avec plages de sable blanc et eaux turquoises à 30 °C. N’en a-t-il pas fait profiter le footballeur international de l’OM, Dimitri Payet, originaire comme lui de La Réunion, et dont il affirmait être le conseiller ? Les « potes » ont plongé. Une douzaine ont perdu près de 200 000 euros. Certains sont interdits bancaires. Histoire d’une incroyable escroquerie ayant pour cadre idyllique l’océan Indien, devant le tribunal correctionnel de Toulouse
La carte postale paraissait idyllique. Lorsque Mélanie, native de Toulouse, présente Christophe à son entourage début 2019, l’homme de 33 ans déploie le discours rôdé du charmeur, confiant en ses atouts. En premier lieu, le bagout. Il se prétend conseiller financier du footballeur Dimitri Payet, alors capitaine de l’Olympique de Marseille. Sûr que ça en jette !
Un programme de villas de luxe à Maurice
Comme lui, l’international français est natif de la Réunion. Pour valoriser son patrimoine et diversifier ses placements, Christophe lui a « vendu » un programme immobilier de villas de luxe à l’île Maurice. Sable blanc, cocotiers, océan Indien… Du sur-mesure pour une star habituée à un certain standing.
Aussi, quand le nouveau compagnon de Mélanie fait miroiter à ses proches et amis d’en « croquer » à leur tour, offrant au passage l’achat de billets d’avion ou de locations de villas à Maurice à tarifs préférentiels, certains piochent dans leurs économies. Comment résister à un appartement de 172 m², avec trois chambres et piscine ou à un lodge dans ce confetti aux allures de paradis terrestre ? Christophe encaisse des dizaines de milliers d’euros. Son rôle consiste à se charger des formalités sur place.
Un footballeur du PSG plumé lui aussi
Un an plus tard, la promesse de baignades dans une eau turquoise à 30 °C s’est muée en douche froide pour au moins onze victimes. Domiciliées pour la plupart en Haute-Garonne, mais disséminées en France, elles déposent plainte. Lassées de ne jamais obtenir les informations demandées sur l’avancée du dossier, ou de se voir poser des lapins de dernière minute lors de visites de chantiers fantômes. « Son principal argument était de dire que l’argent était sous séquestre », révélait en 2023 une source proche de l’enquête. Feindre l’éternel contretemps. Le mantra de l’escroc.
Ancien attaquant du Paris Saint-Germain et natif de la Réunion, Guillaume Hoareau aurait lui aussi succombé aux arguments de Christophe. Son nom figure en procédure. Devenu, depuis, l’une des voix du football français sur la chaîne Ligue1+, le longiligne avant-centre tricolore n’a pas souhaité déposer plainte.
« C’était ma meilleure amie »
Un temps détenu par la justice mauricienne, le mis en cause comparaît libre devant le tribunal correctionnel de Toulouse, ce lundi 28 septembre. L’ampleur de l’escroquerie est chiffrée à près de 200 000 euros par la justice. Crâne rasé de frais, barbe fournie, tout de noir vêtu, Christophe dont un tatouage dépasse de la manche relevée de sa veste est mitraillé de questions pendant trois heures. Dans son dos, quatre de ses victimes, sur la douzaine recensée. D’anciens amis (des)abusés.
Certains ont perdu gros. « J’avais une confiance énorme en sa compagne, qui était ma meilleure amie. On se voyait plusieurs fois par semaine. On partait en vacances ensemble », déroule l’une d’elles, délestée de 17 000 euros. « On s’est retrouvés à Maurice dans cette maison somptueuse, celle, soi-disant, de Dimitri Payet ». Un mensonge. « J’ai quitté mon travail, mon conjoint, mon logement en France. Christophe m’avait fait une promesse d’embauche pour travailler avec lui là-bas ». Faux-semblant. Carton-pâte.
« Faut qu’ils arrêtent de rigoler derrière »
Cet homme qui lui succède à la barre a croisé le beau parleur en vacances, à Maurice. « Lors d’une sortie en mer, il m’a parlé investissement. Un achat de lodge et de bateau ». Il crache au bassinet. 70 000 euros. « D’un coup, il ne me répondait plus ». La victime a tout perdu. « J’avais fait un emprunt. Je me suis retrouvé surendetté. Je suis désormais interdit bancaire », déroule-t-il à deux mètres de son arnaqueur présumé qui, sur les « contrats de réservations », a utilisé les noms de notaire ou de société qui ne le connaissent pas. Il a même tenté de vendre deux fois le même lot à deux personnes différentes !
Défendu par Me Joris Morer, Christophe ne se démonte pas. Il était bien le « représentant » de ces sociétés. Les victimes ? « Je m’en veux. C’étaient des potes. Je voulais juste qu’on monte un projet ensemble, qu’on gagne un peu d’argent. J’ai échoué ». Les « en toute honnêteté » qui parsèment son discours ulcèrent ses anciens « potes » qui rient jaune dans son dos. « Faut qu’ils arrêtent de rigoler derrière quand je suis en train d’expliquer les choses », se vexe le prévenu qui se targue toujours de bien connaître Dimitri Payet. « On était au centre de formation du Havre ensemble ». La star de l’OM n’a pourtant jamais volé à son secours. Même quand il s’est retrouvé derrière les barreaux.
« Vous avouez un… trafic de stups ? »
La justice le soupçonne d’avoir mené la belle vie avec l’argent des autres : voyages, soirées, loisirs. « Une nuit au Martinez, à Cannes, pour 3 500 euros », relève la présidente. Il dément avoir mené grand train. Mais à force de brouiller les cartes, finit par s’emmêler les pinceaux, soutenant qu’une partie de l’argent a servi à… acheter de la cocaïne pour l’une des victimes ! « Vous contestez une escroquerie punie de cinq ans de prison en avouant une complicité de trafic de stupéfiants qui vous fait encourir le double ? », feint de s’étonner la procureure.
« Confiance trahie », « dilapidation », « culot monstre », « mythomanie », tancent les avocats des parties civiles. « Quand on est innocent comme il le prétend, on concourt à l’enquête », cingle le parquet. « Cela ne le dédouane pas de sa responsabilité mais peut-être n’est-il que la face visible de l’iceberg ? », glisse la défense, suggérant une escroquerie plus large dont il ne serait qu’un pion. Trois ans de prison dont 16 mois ferme. Le reste assorti d’un sursis probatoire. Proche des réquisitions. Obligation d’indemniser des victimes, peu dupes. « Monsieur travaille à son insolvabilité », lâche une jeune femme. Pigeonnée de 70 000 euros.














