Alors que les financements publics de l’apprentissage et de la formation professionnelle risquent de baisser, lors du prochain vote du budget, les acteurs du secteur redoutent un ralentissement des recrutements. En Occitanie, la Région évoque 115 millions d’euros de crédits en moins.
Des jeunes cherchent une alternance, des entreprises cherchent des apprentis, mais les centres de formation, eux, disent manquer de visibilité. Réunis à Toulouse autour de l’avenir de l’apprentissage et de la formation professionnelle, élus, responsables de CFA, entreprises et apprentis ont dressé le constat d’un système sous tension.
Pour Florence Bar-Ledieu, directrice du CFA Toulouse-Blagnac et secrétaire nationale de la FNADIR, la difficulté est d’abord budgétaire. « Ça fait quelques années qu’on ne sait pas où on va. On a des changements de politique plusieurs fois par an, ça fait qu’on est incapables de tenir un budget parce qu’on est incapables de se projeter. »
2.000 candidats en attente à Blagnac
Dans son établissement, le paradoxe est particulièrement visible. « On a encore 2.000 personnes, rien qu’à la Cité des formations de Toulouse-Blagnac, qui sont à la recherche pour cette année d’un poste en alternance. Et à contrario, on a encore 300 entreprises qui offrent des postes et qui ne sont pas pourvus. »
Pour la directrice, une partie du problème tient aussi à l’orientation. Certains secteurs peinent à attirer des candidats alors que les besoins de recrutement restent importants, notamment dans les métiers de l’artisanat et de bouche.
À l’échelle de la FNADIR, Florence Bar-Ledieu évoque une baisse comprise entre 5 et 15 % du nombre d’apprentis dans les CFA. Une situation qui alerte après plusieurs années de forte progression de l’apprentissage.
115 millions d’euros en moins pour l’Occitanie
La Région Occitanie dénonce de son côté un désengagement de l’État. Marie Castro, vice-présidente chargée de la formation et des parcours professionnels, chiffre à 115 millions d’euros en Occitanie la perte de crédits annoncée pour la formation professionnelle et l’apprentissage.
Selon elle, les conséquences pourraient concerner directement l’offre de formation : « 10.000 places de formation pour les demandeurs d’emploi sont menacées en Occitanie, et plus de 4.000 jeunes apprentis pourraient être privés de soutien et entre 200 à 250 sessions de formation sont susceptibles d’être fermées. »
La Région dénonce des financements consacrés à l’apprentissage déjà en baisse entre 2025 et 2026.
« Avoir des jeunes correctement formés »
Du côté des CFA, l’inquiétude porte autant sur le nombre de places que sur la qualité des formations. Damien Faure, directeur des Compagnons du Tour de France Occitanie, résume l’enjeu ainsi : « Un CFA qui n’investit plus, c’est un CFA qui se meurt. » Un enjeu que partage Frédéric Chaumel. À 22 ans, cet artisan menuisier installé près de Castres a commencé l’apprentissage à 15 ans avant de créer sa propre entreprise. Pour lui, la question ne doit pas seulement être celle du nombre d’apprentis accueillis : « Le plus important n’est pas d’avoir X jeunes en formation, mais plutôt d’avoir X jeunes correctement formés. »
Derrière la baisse des financements, les professionnels alertent sur le risque de perte d’un savoir-faire français. « On va perdre nos emplois et on va perdre nos compétences. Tous nos savoir-faire vont disparaître. » résume Florence Bar-Ledieu.
L’enjeu est donc industriel et économique : préserver l’apprentissage, c’est maintenir la capacité de la France à former, transmettre et renouveler ses compétences dans les années à venir, dans des domaines où nous sommes précurseurs, comme la boulangerie, la boucherie, ou l’excellence de l’hôtellerie.
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