Certains ont sauté des étages pour échapper aux fumées et aux flammes mardi matin. Un incendie a ravagé un immeuble occupé illégalement par une centaine de jeunes étrangers à Toulouse, rue Plana. Les résidents, désormais sans abri, sont soutenus par des associations. Le bâtiment, destiné à devenir des logements sociaux, faisait l’objet d’une procédure d’expulsion. Aucun relogement d’urgence n’est encore prévu. Ce squat fait donc l’objet d’une véritable bataille juridique, on vous explique la polémique après l’incendie.
Ce mardi après-midi, autour de 14 heures, du monde grouille devant le 159 rue Louis Plana, dans le quartier Soupetard à Toulouse. Certains restent debout, d’autres sont assis sur le trottoir étroit. La plupart ont de gros sacs, avec leurs quelques affaires. Un violent incendie a ravagé leur immeuble dans la matinée. La centaine de résidents, des jeunes étrangers qui l’occupaient illégalement, se retrouvent alors sans hébergement. Le bâtiment est désormais interdit d’accès.
Utopia 56, Médecins du monde, Tous en classe (TEC)… Plusieurs associations se mobilisent sur place, pour leur venir en aide, et tenter de trouver une issue. « On n’a aucune idée de ce qui va se passer pour eux », regrette Jennifer Gruman, membre de TEC 31. Une grande majorité sont engagés dans une procédure visant à faire reconnaître leur minorité.
C’est le cas de Marc*, 17 ans, originaire d’Angola, et actuellement en seconde professionnelle dans un lycée toulousain, en filière électronique. D’ailleurs il était en cours au moment de l’incendie et n’a pas vécu le sinistre. « Je ne sais pas comment on va faire, où l’on va dormir ce soir… Demain matin, je dois retourner à l’école, c’est très important, j’ai besoin de me préparer avant. »
Il attrape la gouttière pour fuir les flammes
D’autres encore étaient au travail. Prévenus par des amis, ils sont rapidement revenus, mais une fois sur les lieux, ils n’ont pas pu remonter dans l’immeuble. « Certains ont perdu leurs affaires », souffle Jennifer Gruman.
Amadou*, lui, était présent quand l’incendie s’est déclaré, et a vécu une matinée « traumatisante ». « J’ai eu très, très peur, confie-t-il. Je dormais, j’ai été réveillé par l’alarme, je me suis levé et j’ai vu énormément de fumée. Donc je suis vite descendu au rez-de-chaussée, mais je n’ai pas pu ouvrir la porte de sécurité. Alors je suis remonté au 1er étage : je suis sorti par une fenêtre et j’ai attrapé la gouttière pour descendre. »
D’autres, affolés, ont sauté pour fuir. Le rapport des sapeurs-pompiers indique la prise en charge de « trois victimes aux chevilles cassées ». Amadou, originaire de Guinée Conakry, est actuellement scolarisé en CAP installateur en froid et conditionnement d’air. S’il n’était pas en cours ce matin, c’est car son établissement était fermé à cause des blocus.
Une procédure d’expulsion en cours
Devant l’entrée de cette ancienne résidence universitaire, un panneau affiche un permis de construire et de démolir. Le site doit accueillir un projet de 135 logements sociaux. Toulouse Métropole, propriétaire, a obtenu le 16 avril dernier une ordonnance d’expulsion des occupants.
Puis en juillet, un arrêté municipal imposait son évacuation immédiate, pour garantir la sécurité, après deux incendies survenus en mai. Mais le Tribunal administratif de Toulouse avait finalement suspendu cette décision, indiquant que l’existence d’un « risque grave et imminent » n’était pas suffisamment caractérisée.
La mairie avait regretté cette suspension, tout en indiquant que l’arrêt de la Cour d’appel du 16 avril demeurait « valide, permettant l’expulsion des occupants ». Cependant, début octobre, l’immeuble était toujours habité.
Sur le réseau social X, la maire de quartier Sonia Guillemet a réagi ce mardi : « Six blessés dans l’incendie du squat Louis Plana. Notre arrêté d’évacuation avait pourtant été annulé par le TA sous les applaudissements des collectifs d’extrême-gauche qui soutiennent les squats au mépris de la sécurité de nos quartiers et de la vie de ces jeunes. Inadmissible ! »
Ce troisième incendie en seulement cinq mois relance donc brutalement la question de l’avenir du site, alors qu’aucune solution de relogement d’urgence pour les jeunes n’a été, pour l’heure, annoncée.














