Un cours à distance perturbé par des intrus, des hurlements et des menaces de viol : Sophie, lycéenne à Toulouse, raconte la séance qu’elle a suivie lundi 5 octobre. Organisée pour assurer la continuité pédagogique pendant le blocus, la visioconférence a tourné au chaos. Selon son témoignage, les perturbateurs se réclamaient du mouvement qui perturbe le fonctionnement des lycées depuis le 1er octobre.
Au début, rien ne laisse présager ce qui va suivre. Ce lundi 5 octobre, en début d’après-midi, Sophie se connecte à un cours à distance. Son lycée étant fermé pour éviter des violences, la séance doit permettre de poursuivre les enseignements. Le professeur partage son écran et déroule son cours. « Ça a duré, je pense, trente à quarante minutes comme ça », raconte la lycéenne.
Puis, la liste des participants s’allonge. D’environ dix-sept personnes au départ, elle passe à près de vingt-sept, se souvient-elle. Avec une camarade, Sophie remarque des pseudonymes inhabituels. L’un d’eux revient dans son récit : « Brume ».
« Je pense que les liens de connexion ont été partagés par des élèves de la classe, et même repartagés plus largement. Je ne vois pas comment ils auraient pu avoir accès à la visio sinon », avance-t-elle.
« C’est pas drôle, remettez le prof »
Soudain, le cours disparaît de l’écran. Un message annonce que « Brume est maintenant le présentateur ». « On ne voyait plus le prof », témoigne Sophie. Dans le fil de discussion, les élèves protestent : « C’est pas drôle, remettez le prof. »
L’enseignant reprend brièvement la main. Puis la perturbation recommence. « Le prof essaie de remettre son cours. Il fait cours une minute trente, et là, Brume refait la même chose. » À la place, l’intrus partage notamment des vidéos de physique trouvées sur YouTube, selon la jeune fille.
Plusieurs élèves prennent le nom du professeur, changent leur voix pour ne pas être reconnus
La séance devient bientôt méconnaissable. Des participants changent de nom, certains prennent celui de l’enseignant. « On ne savait même plus s’il y avait le prof ou pas dans la visio. » Aux manipulations de l’écran s’ajoutent des cris, des voix qu’elle décrit comme transformées et des propos obscènes. Sophie rapporte notamment des menaces répétées : « Je vais te violer », adressé à tous les participants.
« J’ai été choquée, ça faisait peur, ils changeaient leur voix et hurlaient. » Ce qui devait être un cours devient une scène angoissante pour la lycéenne. Elle décrit aussi un participant vêtu de noir, portant un masque de ski et présentant sa « tenue de blocus ». Dans les commentaires, certains écrivent : « On bloque, on bloque. »
Le professeur dépassé, « pourquoi ça m’a déconnecté ? »
Face à l’écran, Sophie assiste aux tentatives de l’enseignant pour relancer la séance. « Il ne comprenait rien. Quand il revenait, il disait que c’était de sa faute si la visio ne fonctionnait pas », rapporte-t-elle. Elle se souvient de ses questions : « Pourquoi ça m’a déconnecté ? »
Selon son estimation, les perturbations se prolongent pendant plus d’une heure. À la fin, le professeur parvient encore à parler, mais son cours ne peut plus reprendre normalement. Il finit par évoquer des personnes qui « s’amusent à faire n’importe quoi », raconte Sophie, puis quitte la visioconférence avant son terme. Les élèves doivent se déconnecter individuellement.
De l’aveu même de Sophie, « très peu de profs mettent en place des visios, j’ai un ami qui a eu un cours de maths vendredi dernier. Moi, c’était ma première. » Une première qui a tourné au cauchemar.















