Jugé devant la cour criminelle de Haute-Garonne pour viols, corruption de mineurs et exercice illégal de la médecine, Philippe Clément a entendu, ce mercredi, les témoignages de son ancienne compagne et de plusieurs clientes. À la barre, elles ont raconté les pratiques de ce magnétiseur qui se faisait appeler Florenzo, entre prescriptions improbables et prétentions à guérir avec sa propre semence. Certains faits remontent à vingt ans mais les récits restent chargés d’émotion. Les réquisitions de l’avocat général Pierre Aurignac sont attendues ce jeudi.
« J’étais sur le pont à Saint-Nazaire, prête à sauter dans la mer pour mettre fin à ce cauchemar. » À la barre de la cour criminelle de Haute-Garonne, 20 ans après les faits, les mots choisis par Muriel (*) pour raconter son histoire trahissent une émotion toujours intacte. Au fil de sa longue déposition, celle qui a partagé la vie de l’accusé prend des pauses. Vêtue d’une robe à fleurs rouges et noires, cette mère de famille aux cheveux blonds saisit une paire de mouchoirs pour sécher ses larmes. Le moment est accompagné d’un lourd silence.
Dans le box, Philippe Clément, jugé pour viols, corruption de mineurs et exercice illégal de la médecine, la fixe sans émotion. Ce mercredi 7 octobre 2026, les témoins se sont succédé. Des récits mêlant de curieuses pratiques médicales et des comportements sexuels inappropriés.
« Il voulait que mes enfants nous entendent faire l’amour »
« J’ai connu Philippe lorsqu’il était magnétiseur en Loire-Atlantique. Il se faisait appeler Florenzo. En 2005, nous étions en couple, il a emménagé chez moi », dévoile-t-elle. Elle décrit alors l’emprise de cet homme dont elle est éperdument amoureuse. Les signaux se multiplient, mais, à l’entendre, ses sentiments l’empêchent d’en prendre la mesure. « Il voulait qu’on fasse l’amour avec la porte ouverte. J’étais obligée de crier pour que mes deux enfants nous entendent. Un jour, il m’a prise sur la balançoire dans le jardin, sous les yeux de mes enfants. J’étais aveuglée », poursuit Muriel. Elle a voulu quitter le foyer, mais assure que son compagnon l’a « séquestrée ». Ces tourments l’ont traînée jusqu’au bout d’un pont, suspendue au-dessus d’un océan déchaîné. C’est son frère qui l’a sauvée in extremis. « Je regrette le jour où j’ai rencontré Philippe. J’espère qu’il ne sortira jamais de prison. »
Aucune participation, selon elle
L’enquête a démontré qu’à cette période, Philippe Clément s’était forgé une réputation en tant que magnétiseur. Son ancienne compagne assure pourtant qu’il ne participait pas aux dépenses du foyer. « Participait-il financièrement ? », interroge la présidente. « Non, il était logé et nourri, mais refusait de donner son argent. Il trouvait toujours une excuse. »
Des prescriptions improbables
Parmi ses clientes, une autre plaignante se présente à la barre. Le gourou du Médoc lui avait été recommandé par deux kinés. « Ma mère était atteinte du cancer, il lui a suggéré d’arrêter son traitement. Il lui a mis un CD sur le ventre, avant de le magnétiser. Puis, Florenzo a parlé d’un voyage astral. Il a préconisé à ma mère de boire du coca et de manger du riz », témoigne cette femme originaire de Mont-de-Marsan.
Sang de poulet, cartilage de requin et… semence miraculeuse figuraient également parmi les remèdes préconisés par le magnétiseur pour soigner. Une autre patiente, assistée par Me Aurélie Joly, évoque ses prétentions. « Il était persuadé d’être Dieu. Il pouvait guérir tout le monde, dont une partie avec sa propre semence. L’homme m’a mise mal à l’aise. Il posait des questions crues, très personnelles. C’était dérangeant. »
Les réquisitions ce jeudi
En défense, Me Nicolas Raynaud-de-Lage s’est empressé d’éteindre les incendies nés lors des dépositions. Mais un seul pompier ne suffira certainement pas à freiner ces flammes. Son client joue avec le feu. Les réquisitions de l’avocat général Pierre Aurignac auront lieu ce jeudi.


















