À l’approche du mariage, l’enterrement de vie de garçon peut vite basculer dans l’excès. À Prague, un groupe d’amis toulousains a poussé la provocation jusqu’à menotter le futur marié à une personne de petite taille. Sous couvert d’humour, l’animation frôle l’atteinte à la dignité : un business choc qui fait de plus en plus fureur. Récit.
Pour la plupart des futurs mariés, l’enterrement de vie de garçon (EVG) est un passage obligé, presque un rituel avant le grand jour. Pour d’autres, c’est surtout l’occasion de faire la fête entre amis. Mais certains groupes n’hésitent pas à aller plus loin, en organisant des activités controversées.
En mai dernier, le Toulousain Thomas* et son groupe d’amis ont réveillé l’un de leurs proches, futur marié, à 7 heures du matin. Une surprise préparée de longue date pour son enterrement de vie de garçon. « On l’a fait sortir du lit et on l’a emmené directement à l’aéroport, déguisé », raconte-t-il.
Un enterrement de vie de garçon surprise
Direction Prague, en République Tchèque, pour ce groupe de sept amis bien décidés à profiter des derniers moments de célibat de leur ami. Pendant quatre jours, ils enchaînent les soirées en boîte de nuit. Mais dès le premier soir, ils ont prévu une surprise particulière pour le futur marié. Il est 23 heures dans un bar de la capitale tchèque quand le futur marié, qui a les yeux bandés, découvre qu’il est menotté à une personne de petite taille.
« C’était une idée que nous avions dès le début. Nous sommes allés sur internet et on a trouvé un site. On a fait un devis, échangé quelques messages avec l’entreprise pour organiser le rendez-vous. Le nain arrive et c’est le début des festivités. Il fait partie intégrante de la soirée », explique Thomas. Derrière la normalité déconcertante du récit, la mécanique d’un business : transformer la différence physique en prestation tarifée.
Une personne transformée en animation
Pour organiser cette soirée, le groupe d’amis est passé par le site internet « Crazy EVG », spécialisé dans les enterrements de vie de garçon. La plateforme propose différentes « activités jour » et « activités nuit », parmi lesquelles un « prank (canular, ndlr) attaché à un nain« . Le principe est simple : pendant une heure, le futur marié est menotté à une personne de petite taille.

Une prestation que le site présente avec un vocabulaire résolument tourné vers le divertissement. « Le concept est aussi simple qu’hilarant : le futur marié se retrouve menotté à un nain en déguisement pendant une heure entière. Imaginez sa surprise ! Pendant cette heure, ils seront totalement inséparables », explique la plateforme qui promet des « situations cocasses » et des « photos collectors » pour un EVG « mémorable ».
Un « guide éthique » pour se justifier
Le site semble lui-même avoir conscience que le concept peut susciter la controverse. Il consacre ainsi une page à la question, intitulée « guide éthique et légal ». Le site s’empresse toutefois de préciser qu’il ne s’agit pas de « louer » une personne, mais de faire appel aux services d’un professionnel. « Engager une personne de petite taille pour un événement, ce n’est pas ‘louer’ un individu, mais bien contracter les services d’un comédien ou d’un performer », affirme la plateforme.

La soirée pose cependant la question des limites que peuvent atteindre certaines animations proposées aux futurs mariés, au nom de l’humour et de la fête.
L’APPT condamne
Face à la persistance de prestations proposant de louer des personnes de petite taille lors d’enterrements de vie de garçon ou d’anniversaires, l’Association des personnes de petite taille (APPT) condamne fermement. « On peut encore s’étonner qu’en 2026, le nanisme soit encore la dernière condition physique qu’on cherche à louer aujourd’hui », commente Morgan Léon, son président. En France, selon lui, « on a déjà eu écho de gens à titre individuel qui proposent ce type de prestations, que ce soit en boîte de nuit, pour des anniversaires, pour des EVG ».

Selon l’APPT, qui rappelle également son opposition à l’utilisation du terme « nain », ces animations constituent une atteinte explicite à la dignité humaine. « En tant que personne de petite taille, je n’ai connu que cette condition physique : j’ai une vie sociale, une vie sentimentale, une vie professionnelle. Et nous pensons que ce genre d’animations fait perdurer les stéréotypes » explique-t-il. Aujourd’hui, l’encadrement repose essentiellement sur une jurisprudence de 1995 relative au lancer de nains, « malheureusement, on n’a rien juridiquement qui interdise ce type de prestations. Souvenez-vous de l’affaire Lamine Yamal qui avait loué des personnes de petite taille pour fêter ses 18 ans, certes c’est en Espagne, mais il y a aussi un vide juridique là-dessus en France ».
L’APPT profite du mois international du nanisme, organisé en ce moment, pour mener des actions d’information. À travers des expositions photographiques, des interventions en milieu scolaire ou professionnel et la diffusion de documents d’information, la structure cherche à sensibiliser le public aux réalités médicales et sociales du nanisme.













