Ils ont été en première ligne face aux violences et aux débordements après les manifestations de samedi. Le secrétaire départemental du syndicat UNSA police en Haute-Garonne évoque un épuisement policier après le suivi du mouvement lycéen et la manifestation de samedi.
Après les violences survenus à Toulouse lors des manifestations du samedi 17 novembre, Antoine Davy, secrétaire départemental du syndicat UNSA Police en Haute-Garonne était l’invité d’ICI Occitanie : « Je pense que nous n’avions pas anticipé une telle mobilisation. » Pour le représentant syndical, les policiers ont été dépassés par l’ampleur des événements. « De toute façon, la police est toujours en sous-effectif par rapport au nombre de manifestants. Je crois que les émeutiers n’ont pas été bien pris en considération, ce qui est normal puisqu’on peut cerner les groupuscules d’extrême gauche qui peuvent se greffer au cortège. Mais les pillards, les émeutiers, c’est une notion qui est beaucoup plus difficile à évaluer. »
Pour Antoine Davy, les débordements de samedi sont inédits : « Pour moi, il y a toujours eu une frange d’ultragauche qui se greffe au cortège des manifestants pour essayer de faire parler sa cause en prenant en otage ladite manifestation. Mais là, ce qui est vraiment inédit et qui était inattendu, c’était la présence de 1 500 à 2 000 émeutiers pillards qui ont profité des événements pour faire leurs emplettes. »
« Renouer le dialogue social »
Face à ces débordements, certaines pistes sont évoquées, notamment l’interdiction de TikTok, un réseau social qui peut permettre de se donner rapidement rendez-vous ou de se géolocaliser. Une mesure à laquelle Antoine Davy n’est pas favorable : « Pour ma part, je ne suis pas pour ce genre d’interdiction. Je pense que ce qui serait le plus à même de réduire ce genre de problématique, ce serait de renouer le dialogue social en France et d’améliorer les conditions économiques des gens. »
La question d’un éventuel couvre-feu à Toulouse se pose également, alors que certaines villes ont annoncé des mesures de ce type : « Je pense que, dans un premier temps, afin d’apaiser la situation, ce ne serait pas une mauvaise chose, effectivement. Après, il faut voir ce qui est possible localement. »
Au-delà des violences, Antoine Davy alerte surtout sur l’état de fatigue des policiers toulousains, mobilisés ces dernières semaines, notamment pour les manifestations lycéennes : « Ils sont usés, physiquement et moralement. J’ai des collègues qui ont travaillé de 7 heures à 2 heures du matin, pour reprendre ensuite à 7 heures du matin, avec une coupure de cinq heures. La fatigue s’installe. »
Pour l’instant, le syndicaliste n’observe pas encore de hausse des arrêts maladie, mais il craint que les conséquences se fassent sentir plus tard, « parce que les policiers sont des personnes de devoir, donc ils vont faire le travail. Mais ça viendra probablement dans un deuxième temps. » Quand ses collègues viennent lui parler, le constat est le même : « Ils sont épuisés. Il y a un abattement aussi. » Antoine Davy constate également une augmentation des départs de la police nationale depuis plusieurs années ; « C’est une tendance qui s’observe depuis au moins trois à cinq ans. Je n’ai jamais vu autant de démissions, que ce soit en école ou au sein des services actifs. » À Toulouse, il estime qu’environ six policiers démissionnent chaque année.
Il évoque aussi les difficultés rencontrées par les policiers pour se mobiliser en tant que manifestants, malgré certaines revendications communes avec les participants aux cortèges. « Ce n’est pas vraiment dans notre culture de manifester, surtout depuis que des acronymes comme ACAB sont répétés et scandés en boucle par l’ultragauche. Moi-même, je participe en tant que syndicaliste à pratiquement toutes les manifestations, mais je comprends que les collègues, quand ils entendent ça, n’aient pas forcément envie de s’y mêler. »
Interrogé sur les accusations de violences policières et sur la gestion jugée brutale de certaines mobilisations, le représentant syndical défend ses collègues : « Mes collègues n’utilisent pas la violence s’il n’y a pas de violence en face. Il y a beaucoup de collègues qui sont blessés. Maintenant, grâce aux réseaux sociaux, on peut voir quelques vidéos qui montrent les situations que vivent les policiers derrière les boucliers en plexiglas ou derrière leur véhicule. On voit bien que ce sont des pierres qu’on leur jette dessus. Ils sont dans un contexte insurrectionnel. »
Alors qu’une nouvelle mobilisation est prévue samedi prochain, Antoine Davy ne cache pas ses inquiétudes, « parce que la fatigue s’est installée. J’espère que les autorités auront fait le nécessaire pour prévoir les dispositifs adéquats, mais je pense que les collègues sont de plus en plus épuisés. »
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