Ce 12 octobre, la journée de Louis, 41 ans, a été rythmée par l’alcool. Son refuge depuis cinq ans. Sa béquille, son asservissement, surtout, après la perte d’un proche. Et la colère est montée pour une futilité. Il a frappé sa femme. Il a punché son camarade de beuverie. Le tout au domicile familial où se trouvaient les deux fillettes terrorisées de ce « papa poule ». Récit d’une audience heurtée, devant le tribunal correctionnel de Toulouse.
Les trois appels distincts reçus par les gendarmes en une poignée de minutes ne laissaient planer aucune ambiguïté sur l’urgence de la situation. « Aidez-moi ! Il est en train de me taper devant mes enfants ! ». « Y a mon père qui frappe ma mère ! ». « Je viens de me faire taper par un mec qui a mis sur la g… à sa femme ! ». Le « mec », c’est Louis, 41 ans. « Pour la première fois de sa vie, il vient de passer la nuit à la maison d’arrêt », soupire son avocate, Me Marie-Léa Boukoulou.
« Il a mal parlé à mes filles »
Lundi 12 octobre, Louis et un ami ont passé une partie de la journée à s’abreuver au domicile familial situé dans la grande banlieue nord de Toulouse. Bières. Ricard. « En ce moment, je ne travaille pas. Je réparais une voiture à la maison ». Les heures filant, le « carburant » commence à manquer. Les deux hommes embarquent les deux filles de Louis chez Leclerc pour ravitailler.
Les gamines réclament des bonbons. Le copain leur aurait rétorqué de ne pas quémander. Début des embrouilles, selon Louis. « Il leur a mal parlé. Mes filles, c’est mes filles. Je suis un papa poule. Ça m’a énervé », affirme le prévenu poursuivi pour violences en état d’ivresse (en récidive) et pour avoir agressé sa conjointe devant les enfants. Car le retour à la maison est houleux.
« Près de 2 g au moment des faits »
Les versions divergent. Pour l’ensemble des témoins, Louis s’est agacé après avoir reçu un coup de fil. Il aurait alors frappé sa femme, l’invité se serait interposé, encaissant trois coups de poing au visage, cocard bleuté en guise d’happy hour. « Il a fait le coq mais il a pas eu le temps m’en mettre une », se glorifie le papa poule. L’épouse aurait pour sa part reçu un coup de poing à la tête et une grande gifle. Le tout avec des gamines de 6 et 7 ans à portée d’ouïe.
Louis s’enferre dans des explications alambiquées, évoquant un geste fortuit sur madame. Mais soumis aux questions du président, il finit par reconnaître ses fautes. « Depuis que mon père est mort en 2021, ça me bouffe. J’ai cru que j’allais m’en sortir tout seul mais je n’arrive pas à sortir cette colère. Il faut que j’en parle à un psychiatre ou un psychologue, et que je fasse une cure pour l’alcool ». Le président évalue son imprégnation alcoolique à « près de 2 g » au moment des faits.
Un « tyran domestique » ?
Madame « demande le divorce », rappelle son avocat Me Kwasigan Agba. Elle veut surtout « qu’il se soigne », pour garder de bons rapports avec ses enfants. « L’aînée a très peur de ce qu’elle a vu, tout en aimant beaucoup son papa. Sa sœur a été incapable de verbaliser. Elles sont exposées à un climat familial de cris et de violence dont il faut les protéger », insiste l’avocate de l’administrateur ad hoc, Me Mélodie Ginestes Coelho.
« Depuis 2021, ce Monsieur est un tyran domestique, un homme malheureux qui se réfugie dans l’alcool et terrorise ceux qu’il aime », s’alarme le procureur qui requiert un an de prison avec sursis probatoire. « Sa prise de conscience est tardive mais elle existe. Il a le courage d’affronter ses démons. Même s’il n’est pas toujours exemplaire, c’est un papa qui travaille depuis l’âge de 14 ans, qui aime ses enfants et qui est présent pour elles », martèle la défense.
Le tribunal a condamné Louis à 6 mois de prison ferme (dont la révocation d’un sursis de trois mois) aménageables sous bracelet électronique. Et six mois avec sursis probatoire, avec notamment interdiction de paraître au domicile conjugal.














