Déterminés et inquiets, une majorité de jeunes, lycéens et étudiants, composait le cortège de plusieurs kilomètres qui a traversé Toulouse, samedi après-midi. Professionnels et syndicats ont rejoint ce rassemblement massif perturbé par des actes de vandalisme et des gaz lacrymogènes.
32 000 selon la préfecture, 80 000 pour les syndicats, le rassemblement était massif, samedi 17 octobre, à Toulouse. De nombreux professionnels sont venus prêter main-forte aux lycéens en lutte depuis plusieurs semaines. Et l’envie de manifester était grande. Alors que le cortège devait partir à 14 h des allées Jean-Jaurès, des manifestants étaient déjà réunis, avant midi, devant la gare Matabiau.
Avec un peu d’avance sur l’heure de départ, une marée humaine s’est lancée sur les boulevards où des petits groupes plus agités semaient déjà le trouble avec pétards et fusées, dans les rues adjacentes, bloquées par les forces de l’ordre. Parmi les slogans, « Tous ensemble dans la lutte » et « Solidarité avec les lycéens réprimés » donnaient bien l’état d’esprit d’un cortège composé de nombreux jeunes.
« On est fiers car c’est grâce au mouvement des lycéens qu’il y a autant de monde aujourd’hui dans la rue », se réjouissent trois élèves de seconde des lycées Henri Matisse de Cugnaux et Déodat de Séverac à Toulouse. « On le répète déjà depuis quelques jours, il y a des problèmes de moyens dans les lycées et d’utilisation de l’argent. On avait des fuites dans une salle, ça a pris trois mois pour être réparé, alors que des télévisions ont été installées dans le hall ».
Des lycéens inquiets aussi pour leur formation et leur avenir. « On a énormément d’heures de cours, alors que dans d’autres pays, ils en ont moins et ils ont de meilleurs résultats qu’en France où on baisse au classement », s’insurge l’un d’eux. Pour son camarade, la crainte naît aussi de l’arrivée mal maîtrisée de l’IA. « Il y a plein de métiers qui vont sauter à cause de l’IA », s’inquiète un autre. « Même si on est pris par Parcoursup, c’est très incertain après. Je veux faire de la communication ou du marketing, mais maintenant, avec l’IA, c’est la grande incertitude… ».
Un futur incertain et une situation similaire ont incité de nombreux étudiants à se joindre au mouvement. « Je voulais manifester parce que les conditions de travail sont insupportables », commente Chloé, 22 ans, étudiante en 3e année de médecine. « Il fait froid dans les bibliothèques et il n’y a même pas de prises. On arrive en cours, les micros ne marchent pas, les diapos non plus, l’ordi s’éteint… On ne peut plus étudier. À ajouter à cela le malaise ambiant. Un interne en médecine se suicide tous les onze jours en France, ce n’est pas anodin. Ils vont juste récupérer les médecins ailleurs, c’est une honte ». À ses côtés, Molly, 21 ans, ne supporte plus la violence qui s’intensifie dans les manifestations. « Au-delà du ras-le-bol général, le niveau de répression et de violence est révoltant », estime l’étudiante de l’université Jean-Jaurès. « C’est ce qui m’a incitée à venir aujourd’hui même si le niveau de vie actuellement n’est pas possible. En ce moment, je suis obligée d’utiliser ma voiture tout le temps. Le prix de l’essence est révoltant. En fait, il n’y a plus de réponse et on se sent juste hyper abandonnés de partout. Je pense que c’est la raison pour laquelle il y a autant de gens ici aujourd’hui ».
Un cortège si important que tout le monde n’a pas pu accéder à Saint-Cyprien, arrivée de la manifestation. De nombreuses personnes sont restées coincées sur le pont des Catalans. Pendant plus de trente minutes, il n’était plus possible d’avancer ni de reculer alors que des fumées et des odeurs de gaz lacrymogènes commençaient à piquer les yeux et la gorge.
Si la majorité des manifestants était venue avec des revendications, d’autres, moins nombreux mais plus agités et souvent très jeunes, étaient là pour en découdre. Sur les bords du défilé, des groupes d’adolescents d’à peine 15 ans, filles et garçons, vêtus de noir, faisaient feu de tout bois pour tenter d’incendier les protections des commerces ou brûler les poubelles qui se trouvaient sur le passage.














