À Toulouse, où les dégâts ont été moindres que dans d’autres grandes villes de l’Hexagone, le préfet, Fabrice Rigoulet-Roze, pointe du doigt lui aussi le rôle de l’ultra-gauche dans les affrontements avec la police puis les pillages. Le Capitole, la préfecture, le palais de justice ont aussi été des cibles de dégradations que les forces de l’ordre ont déjouées.
Au lendemain de la manifestation du 17 octobre, le préfet, Fabrice Rigoulet-Roze, revient sur le déchaînement de violence qui a visé les forces de l’ordre et les commerces. Entretien.
Comment la manifestation a-t-elle dérapé ?
La manifestation a réuni au plus fort 32 000 participants. Une mobilisation importante. Mais, à côté de cette manifestation, dès le matin, nous avons observé des jeunes et moins jeunes que nous rattachons à l’ultra-gauche qui se préparaient. Avant même le départ, il y a eu une vingtaine d’interpellations avec du matériel qui montre que l’objectif n’était pas de manifester pacifiquement. Ensuite, dès le départ, une nébuleuse d’environ 500 à 600 personnes s’est positionnée devant la banderole syndicale et son objectif n’était pas de revendiquer quoi que ce soit. En queue de cortège, il y avait aussi une présence importante, plus composite, de profils d’ultra-gauche et de jeunes manifestement pas présents à l’appel des syndicats. La manifestation a malgré cela pu se tenir jusqu’au bout avec des syndicats responsables qui, dès l’arrivée, ont appelé à la dislocation.
Mais il y a eu un moment où ça a dérapé…
Il y a eu des affrontements assez tôt dans le cortège avec des prises à partie très fortes, notamment après le pont des Catalans, devant les Abattoirs. Les forces de l’ordre, dont je salue le courage, ont subi des agressions d’une violence inouïe. Des jets de projectiles, de boules de pétanque, de mortiers à tirs tendus… Il faut s’opposer à la banalisation de la violence. La violence est inacceptable. Nous sommes très attachés à la liberté constitutionnelle de manifester. C’est ce que nous avons essayé de garantir pour la grande majorité du cortège. Mais il n’y avait pas que des manifestants pacifiques.

Qui sont les casseurs ?
Nous avons assisté à des actions structurées. Il y avait des appels sur les réseaux sociaux à s’en prendre au Capitole, que nous avons protégé, à piller des commerces et des bâtiments administratifs, y compris la préfecture où en fin d’après-midi nous avons fait évacuer un petit groupe manifestement venu en repérage. Ou le palais de justice où il y a eu une tentative de barricade. Ces casseurs sont équipés pour provoquer l’affrontement. Quand les donneurs de leçons expliquent que ce sont les policiers qui provoquent des réactions chez les manifestants, je ne suis pas sûr que les commerçants partagent cet avis. Si nous n’avions pas mis un dispositif resserré de protection, les dégâts seraient beaucoup plus importants. Et puis quand on vient avec une boule de pétanque, ce n’est pas pour faire une partie à la fin de la manifestation.
Comme le Premier ministre, vous mettez en cause l’ultra-gauche ?
Il y avait clairement des militants de l’ultra-gauche qui ont provoqué les affrontements et participé aux dégradations, aux incendies de poubelles ou aux caillassages des sapeurs-pompiers.
La CGT vous a accusé d’avoir visé la tête de cortège syndicale…
À aucun moment, la banderole de tête n’a été ciblée. Les forces de l’ordre ont répliqué à des jets de projectiles. La nébuleuse des caillasseurs s’est assez classiquement rapprochée de la banderole pour se protéger. Tout l’enjeu pour nous était que la manifestation se déroule dans les meilleures conditions.
Que s’est-il passé ensuite en ville ?
Quatre ou cinq groupes de plusieurs centaines d’individus, très mobiles, se sont d’abord rapprochés du Capitole, ont testé le dispositif de protection et ont été repoussés. Puis ces casseurs et des délinquants d’opportunité s’en sont pris à des devantures de commerces. Nous avons recensé environ 25 dégradations de commerces et entre cinq et dix pillages. À chaque fois, cela a entraîné une intervention des forces de l’ordre. Sur les 107 interpellations, 37 sont liées aux pillages. Le dispositif avait été ajusté pour anticiper ce phénomène et cela a permis d’éviter des pillages systématiques.













