Licencié après la diffusion d’une vidéo où il profère des insultes homophobes en marge de la manifestation du 17 octobre à Toulouse, l’ancien responsable du restaurant Au Bon Graillou reconnaît des propos « intolérables », mais dénonce des violences et des menaces.
Depuis samedi soir, le téléphone de M. A. ne cesse de sonner. Le responsable du restaurant toulousain Au Bon Graillou affirme recevoir des menaces de mort et assure que ses coordonnées personnelles circulent sur Internet. « Des gens m’appellent, m’envoient des mails, des textos. Sur les réseaux du restaurant, pareil, jusqu’à mon ancien patron », témoigne-t-il.
Samedi, en fin de journée, en marge de la manifestation, il est filmé au balcon de l’établissement en train de proférer des insultes homophobes à l’encontre de manifestants rassemblés en contrebas. À ses côtés, une cliente et une salariée participent également aux échanges injurieux.

S’il se doutait que la scène serait diffusée sur les réseaux sociaux, M. A. affirme ne pas avoir imaginé qu’elle prendrait une telle ampleur. La vidéo a en effet largement circulé, suscitant des milliers de commentaires. Il dit comprendre l’émoi suscité par ses propos et les regretter.
« Je reconnais que mes propos sont intolérables. Mais pour moi, l’expression « pédé » n’était pas une attaque envers la communauté homosexuelle. Jamais je ne l’aurais utilisée dans ce sens. J’ai bossé dans la restauration toute ma vie, avec toutes les communautés. Là, c’était une provocation, un ras-le-bol après plus d’une demi-heure à me prendre de la peinture jaune, des insultes, des œufs pourris. Je présente mes excuses à ceux que j’ai pu blesser, mais je ne visais que ces casseurs, pas une communauté. »
En revanche, le responsable assume le terme « gaucho » et les propos hostiles aux manifestants de gauche.
« Ce sont des mots que j’assume. Pour moi, il y a bien une alliance tacite d’une certaine gauche radicale et de casseurs. Ils cherchent le conflit. Aujourd’hui, j’ai perdu mon job, ils sont contents. Demain, ils trouveront une nouvelle cible. »
« C’était l’enfer »
Le gérant estime que la vidéo ne montre qu’une partie des événements. Selon son récit, les insultes ont été proférées après près d’une heure de tensions et de violences aux abords du restaurant, en présence d’environ 200 personnes.
« Tout a commencé alors qu’on avait encore des clients. Il y a eu une tentative d’intrusion par cinq ou six personnes. Ma collègue et compagne m’a appelé : « Vite, il y a des gens dans les escaliers. » Avec un collègue, on est sortis, on les a fait partir. Mais ils se sont mis à taper dans la porte, jeter des projectiles, balancer des ballons remplis de peinture jaune, des bouteilles, des bâtons, insulter tout le monde par la terrasse. »

M. A. affirme que quatre clients étaient encore présents et ne pouvaient plus sortir. Il raconte également qu’un de ses collègues a failli recevoir un coup de barre de fer en tentant de fermer une porte.
« On a tenté plusieurs fois d’appeler la police. Je pense qu’ils étaient débordés. Pendant ce temps, on a vu ces gens tabasser une femme devant nous, à cinq contre une. On a fini par hurler des insultes, excédés par le siège, par la violence. On s’est fait traiter de « fachos », on a pris des bouteilles, mes collègues se prenaient des projectiles… C’était l’enfer. J’ai vu mon collègue faillir se faire lyncher juste pour avoir tenté de fermer la porte. C’était abominable. »
Un témoin souhaitant rester anonyme est arrivé alors que les tensions étaient déjà engagées devant le restaurant. Il raconte avoir assisté à une altercation entre le restaurateur et des manifestants.
« Quand on est arrivés, le cortège était encore là et la situation commençait à s’échauffer entre le restaurateur et les manifestants. Certains sont montés dans l’escalier, il y a eu des insultes, puis une bonne partie des personnes est redescendue. On a vu le restaurateur avec une chaise dans les mains. Il faisait mine de la jeter, sans le faire, mais c’était une sorte de menace, comme pour dire qu’il allait jeter des objets. Finalement, il a jeté un verre sur un manifestant », raconte-t-il.
Une procédure est en cours pour faire la lumière sur les faits signalés
Le témoin explique être resté brièvement pour désinfecter la main du manifestant, qui présentait de petites plaies causées par les éclats de verre.
M. A. affirme que les tensions se poursuivaient au moment où la scène a été filmée. « Ce qui a été filmé, c’est le moment où, à bout, ils essayaient encore de foutre le feu, les policiers arrivaient à peine. J’étais lessivé, après une journée où on nous avait empêchés de bosser, juste harcelés. Les gens présents étaient cagoulés, masqués, avec des barres de fer. »
Le responsable du restaurant a depuis été licencié par son patron. Ce dernier estime que M. A. a mis l’équipe en danger. L’intéressé considère, au contraire, avoir protégé l’établissement : « Sinon, ils seraient montés et tout aurait pu dégénérer encore plus. »
Les circonstances précises des violences décrites par le gérant restent à recouper. Dans un communiqué diffusé lundi après-midi, l’association des commerçants du marché Victor-Hugo indiquait qu’une procédure était en cours, en lien avec les services compétents de la mairie de Toulouse, afin que les faits signalés soient examinés.















