EXCLUSIF. Huit personnes ont été interpellées dimanche et lundi dans le cadre d’une enquête sur un trafic d’armes implanté à Cornebarrieu, à l’ouest de Toulouse. Depuis une maison située en lisière de bois, les suspects sont soupçonnés d’avoir assemblé et modifié des pistolets et des fusils destinés à des acheteurs français et européens. Les policiers de la brigade de répression du banditisme ont comptabilisé près de 170 colis expédiés en neuf mois. Parmi les personnes arrêtées figure notamment un homme déjà poursuivi dans l’affaire Leslie et Kevin. Les suspects doivent être présentés ce jeudi et ce vendredi à une juge d’instruction toulousaine.
Nichée en lisière d’un bois, à Cornebarrieu, la bâtisse semble presque abandonnée. À l’écart des regards, elle abritait pourtant un improbable atelier clandestin de fabrication et de transformation d’armes à feu. C’est dans cette maison de l’ouest toulousain que les policiers de la brigade de répression du banditisme (BRB) de Toulouse ont mis au jour les installations d’une équipe soupçonnée d’alimenter en armes des clients en France et en Europe. Huit personnes ont été interpellées entre dimanche et lundi. Au cours des perquisitions, une vingtaine d’armes dont des fusils mitrailleurs et 25 kilos de munitions ont été saisis.
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Sur la piste des clients
L’affaire prend sa source au printemps dernier quand deux marginaux sont retrouvés avec des Glock fabriqués avec une imprimante 3D. Comme révélé dans nos colonnes en juin, la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de Toulouse démantèle alors un premier réseau de fabrication d’armes imprimées en 3D près de Pau. Depuis un simple garage, de jeunes suspects produisaient, pièce par pièce, des pistolets « fantômes » de type Glock. Des éléments indétectables par les portiques de sécurité et capables de tirer plusieurs coups.
Quatre personnes, âgées de 17 à 21 ans et défendues notamment par Me Romain Scaboro, sont alors mises en examen par une juge d’instruction toulousaine. Selon les éléments de l’information judiciaire, ce premier groupe aurait vendu plusieurs dizaines d’armes, pour des montants compris entre 300 et 600 € l’unité.

Les investigations se sont ensuite focalisées sur le profil des acheteurs. En analysant les comptes utilisés sur Telegram et Signal, les policiers sont parvenus à remonter plusieurs pistes. L’une d’elles les a menés vers un Toulousain connu sous le pseudonyme d’« Octavio ».
Dans l’atelier d’Octavio
Placé sous surveillance, le suspect fait l’objet de semaines d’écoutes et de filatures qui permettent aux policiers d’identifier une nouvelle organisation criminelle, pilotée par « Octavio », sa compagne et un complice très actif venu du Havre. Cette équipe est soupçonnée de collecter des pièces détachées notamment venues de l’Est, puis de les assembler. Ou de transformer des armes à blanc pour constituer des armes opérationnelles.
L’atelier était aménagé dans un bungalow chez un complice d’Octavio, dans la propriété de Cornebarrieu. Selon les investigations, aucune imprimante 3D n’y a été découverte. Le travail portait sur des armes plus traditionnelles. Des fusils et des pistolets de collection et même des Glock censés tirer « à blanc » étaient modifiés pour pouvoir tuer.
Près de 170 colis
Autour du couple, des complices auraient participé à la logistique, du trésorier, au livreur en passant par le fournisseur de fausses plaques. Quant aux acheteurs, ils se recrutaient principalement par le biais du bouche-à-oreille et les réseaux cryptés. Pour acheminer les revolvers et autres pistolets mitrailleurs, l’équipe s’appuyait sur un circuit de livraison tout à fait ordinaire.
Entre janvier et septembre, près de 170 colis contenant du matériel létal ont été acheminés en toute discrétion depuis des points Mondial Relay situés à Blagnac. Selon l’enquête, les armes, principalement des pistolets, étaient soigneusement dissimulées dans des cartons avant d’être expédiées aux quatre coins du territoire.
Les destinataires se trouvaient en France, mais également à l’étranger, notamment en Italie. Jusqu’à la mafia napolitaine ? Les enquêteurs soupçonnent ainsi l’organisation d’avoir alimenté un trafic d’une ampleur internationale.
Dimanche 1er novembre, les policiers ont décidé d’intervenir en urgence avant le départ d’un couple, parmi les principaux suspects pour des vacances en Espagne. Le couple a été interpellé à son domicile. Lundi, six autres personnes ont été arrêtées au petit matin.
Six suspects chez la juge d’instruction
Parmi les personnes arrêtées un lieutenant, habile dans la transformation des armes n’est pas un inconnu. Stevan M. est attendu devant la cour d’assises des Deux-Sèvres au printemps prochain dans l’affaire des meurtres de Leslie Hoorelbeke et Kevin Trompat en 2022. Dans ce dossier retentissant, ce dernier est poursuivi pour recel de cadavre et modification de la scène de crime. Il a été remis en liberté en juillet et n’était pas pressé de donner son nom quand les enquêteurs l’ont sorti de son lit lundi matin.
Un suspect a été laissé libre mardi, un autre, propriétaire de l’atelier, a été libéré également mercredi mais sera convoqué plus tard par la juge d’instruction. Ce jeudi, les trois principaux suspects, défendus notamment par Me Sarah Nabet-Claverie et Me Jacques Derieux ont été présentés pour leur mise en examen. La justice leur reproche : « fabrication, acquisition, détention, cession d’armes » et « association de malfaiteurs en vue de commettre un délit puni de 10 ans d’emprisonnement ». Les deux garçons devraient être placés sous mandat de dépôt.
Les trois autres mis en cause sont attendus ce vendredi matin dans le cabinet du juge d’instruction.

















