« Toute la semaine, il y a eu des feux ici ». Alors que la préfecture interdit tout feu face à la canicule étouffante, des colonnes de fumée noire s’échappaient du hameau de Fleurance chaque jour de la semaine à Toulouse. Mercredi matin, rue Françoise-Héritier, quartier des Ramassiers, en pleine alerte rouge, un énième incendie sauvage de câbles plastiques a dégénéré et léché les carrosseries des voitures. Excédés par les fumées toxiques, les habitants du quartier filment les flammes et alertent. Face à ce calvaire, ils poussent un coup de gueule et dénoncent l’inertie des autorités. La mairie explique avoir installé une caméra, porter plainte systématiquement et indique que ce campement est en cours de déménagement. On vous raconte.
« Cette semaine a été particulièrement invivable sous la canicule. » Comme plusieurs habitants du quartier des Ramassiers, à Toulouse, Lucie n’en peut plus et ne sait plus comment réagir. Alors que la préfecture de la Haute-Garonne, département placé en alerte rouge canicule, interdit strictement les feux sur l’espace public, les riverains constatent que tout le monde n’est pas soumis aux mêmes règles. « Toute la semaine, il y a eu des feux ici », déplore-t-elle.
Un quotidien rythmé par les fumées toxiques
Des gens du voyage installés au hameau de Fleurance brûlent en effet des déchets plastiques. « C’est pour récupérer le cuivre », explique le père d’un jeune locataire du quartier. Les habitants se retrouvent démunis face aux nuisances quotidiennes liées à ce campement de fortune. « Quand on appelle la police, ils nous renvoient vers les pompiers. On contacte Allô Toulouse, mais ils répondent qu’ils ne peuvent rien faire si le feu est maîtrisé », déplore une propriétaire de la rue Françoise-Héritier. « La mairie ne fait rien, elle a promis des caméras, mais encore faut-il les utiliser pour prouver les infractions », lâche une propriétaire.

Pourtant, cette caméra existe bel et bien, même si elle ne semble dissuader personne. « Nous l’avons fait installer à l’entrée du hameau et je me suis déplacée en personne pour dire à ses habitants que nous porterions plainte à chaque nouveau feu. Nous faisons le job et pour nous, c’est tolérance zéro. J’ai demandé à la police municipale de faire des tournées, on ne baisse pas les bras, les riverains ont le droit d’être tranquilles. Mais après la plainte, il faut voir quelles sanctions sont prises. Il faut qu’elles soient dissuasives », indique le maire du quartier, Jean-Jacques Bolzan, qui espère que les personnes qui ont mis le feu seront identifiées grâce aux vidéos.
Mercredi, un incendie dégénère en pleine canicule
Face à cette impasse, les riverains ont décidé de tirer le signal d’alarme. Mercredi matin, l’un de ces brûlages sauvages a dégénéré, provoquant l’embrasement d’une parcelle d’environ 500 m². « Les flammes étaient très hautes, c’était vraiment impressionnant », décrit Théo, qui s’apprête à quitter le quartier, excédé par ces nuisances permanentes. Le sinistre s’est arrêté à un mètre à peine des voitures stationnées : « On s’est dépêchés d’enlever nos véhicules. Maintenant, plus personne ne prend le risque de se garer à proximité. »

L’impuissance des riverains
Ces brûlages illégaux se répètent chaque semaine. Les habitants rapportent qu’à chaque signalement, les forçats du cuivre s’alertent entre eux : « Ils ont appelé les flics, éteignez les feux ! » Résultat : aucun constat d’infraction ne peut être dressé lorsque les forces de l’ordre débarquent, et les feux reprennent une heure après leur départ. Léa exprime son désespoir : « L’odeur était horrible dans les appartements cette semaine, alors que nous sommes obligés d’ouvrir les fenêtres la nuit pour respirer. Cet hiver, quand je promenais mon chien, l’air était étouffant dehors. Je me demande comment ceux qui brûlent ces câbles ne tombent pas malades. » Les déchets de plastique dégradé s’envolent et pénètrent même dans les habitations, « on en a tous sur les coussins. »

Un pompier volontaire, déjà intervenu sur place pour éteindre ces incendies sauvages aux Ramassiers, confirme la situation : « C’est insupportable, on voit nettement les résidus de câbles brûlés au sol ».
Déménagement du hameau terminé d’ici un an et demi
La solution viendra certainement du déménagement, entamé le 5 mai dernier. « Ces familles sont là depuis plus de 30 ans. Nous travaillons pour sortir de cette situation et un déménagement a déjà été lancé par le groupe Les Chalets. Au début, il y avait une centaine de personnes. Un tiers des familles est déjà parti et d’autres vont suivre et leurs maisons seront détruites. Il faudra attendre encore un an à un an et demi pour que tous soient déménagés. Mais cela ne veut pas dire que durant ce temps, il faut laisser faire n’importe quoi », assure Jean-Jacques Bolzan.
En attendant, les riverains ont bien du mal à prendre leur mal en patience.








