Après trente-neuf ans à faire vivre le primeur du quartier Rangueil à Toulouse, créé en 1971 par son grand-père, Jocelyne Dessaux prend sa retraite. Devant l’enseigne historique « Aux quatre saisons », elle range ses étals pour la dernière fois. Émue aux larmes, la commerçante cède son institution, elle passe le relais à Amin Faraji dont la famille tenait aussi un magasin de fruits et légumes en Iran.
Comme son grand-père et son oncle avant elle, Jocelyne Dessaux range soigneusement ses étals de fruits et légumes achetés plus tôt dans la matinée au marché MIN de Toulouse. En priorité aux petits producteurs qu’elle appelle tous par leur prénom. Il y a Arnaud pour les courgettes et les tomates bio, Sébastien pour les radis d’hiver et les pêches ou encore David, installé près de l’ancienne ferme de ses parents, dans le Tarn-et-Garonne, qui l’approvisionne en pommes. « Grâce à eux, pendant le Covid, on n’a pas connu de rupture. On avait des œufs et on vendait la farine de notre meunier à l’ancienne, à la louche. Les grossistes, c’est quand on ne peut pas acheter local », insiste-t-elle. Après trente-neuf années à faire vivre « Aux quatre saisons », son épicerie-primeur et à voir défiler les générations, cette figure du quartier de Rangueil, au sourire inaltérable, passe la main. « J’ai vu des jeunes se fréquenter, se marier, avoir des enfants qui sont aujourd’hui parents à leur tour. Certains étudiants, partis de Toulouse, reviennent voir si je suis toujours là quand ils sont de passage. Le plus dur, ce sera de quitter ma clientèle de personnes âgées. Beaucoup ont pleuré en apprenant mon départ », s’émeut Jocelyne.
À 65 ans, cette ancienne représentante en pièces automobiles qui a bifurqué à la fin des années 1980 en reprenant le magasin familial ouvert par son grand-père en 1971, a pris son temps pour trouver son successeur. Elle l’a peut-être croisé sans le savoir en 2021, lorsque Amin Faraji, tout juste arrivé en France, est sorti du métro Rangueil et a arrêté ses pas devant les stores verts du primeur. Ils lui rappelaient le magasin de fruits et légumes que ses parents tenaient lorsqu’il était petit à Karadj, dans le sud de l’Iran. « Une semaine plus tard, je m’étais mis en tête de l’acheter un jour », confie-t-il aujourd’hui.
Garder l’esprit du lieu
En 2023, alors qu’il travaille chez un primeur de Ramonville, il entend dire au marché gare que celui de Rangueil est à vendre. Il fait une proposition mais Jocelyne la juge insuffisante. Déterminée à ne pas brader son héritage familial, la commerçante repousse de nombreuses sollicitations. Elle n’imagine pas que ce magasin, dont son grand-père a fabriqué tous les meubles, puisse devenir une épicerie de nuit ou un commerce sans âme. Pendant ce temps, Amin poursuit son chemin comme responsable du rayon fruits et légumes d’une grande enseigne à Borderouge. Leurs routes se croisent de nouveau en juillet 2025. Amin a toujours le projet de reprendre un primeur ; il l’envisage d’abord avec un associé mais c’est finalement seul, en août dernier, que ce néo-Toulousain de 36 ans, a racheté le fonds de commerce de Jocelyne. « J’attendais qu’il se décide.

Pour moi c’était Amin et personne d’autre. Il m’a toujours inspiré confiance et j’apprécie sa gentillesse. Je reste jusqu’à la fin du mois pour le former et lui montrer comment je fonctionne avec mes petits producteurs. C’est un métier difficile qui demande du courage. Ce matin, on était debout à 3 h 15 pour être au marché gare à 5 h », explique-t-elle à quelques jours de sa retraite. Amin, lui, s’apprête à poursuivre à Toulouse la tradition familiale commerçante dans laquelle il a baigné en Iran. Pour matérialiser son arrivée derrière le comptoir du primeur, tout en gardant l’esprit du lieu, il l’a rebaptisé « Les quatre saisons occitanes », chez Amin et Fafa, pour Faraveh, sa compagne.














