Rangé « des voitures » après un lourd passé de voyou, un homme de 71 ans a joué les gros bras, arme à la main, mi-août 2025 à Blagnac près de Toulouse. Il voulait régler « un problème » avec un ami, mais il a surtout dérobé montres et argent. Explications devant le tribunal correctionnel de Toulouse.
Chemisette, teint hâlé, Claude se tient bras croisés devant le tribunal correctionnel. À 72 ans dans un mois, le voilà de nouveau devant la justice. Le président Fabrice Rives attaque, direct : « Ce jour d’août 2025, vous veniez pour quoi chez votre ami ? »
Question simple, réponse indirecte. Sur cette « descente » chez un copain « de 40 ans » le 18 août 2025, qui s’est terminée par un coup de feu, le prévenu adopte des réponses façon skieur de slalom. Un coup à gauche, un coup à droite. Le président sourit mais répète. « Pourquoi ? » Deuxième manche.
Arme de poing sur le visage de son « ami »
Claude a passé quatre heures planqué dans le dressing de son ami, rencontré « y a longtemps », en prison avant de le surprendre. « Je ne veux plus le voir, plus en entendre parler », prévient la victime, 76 ans, qui s’est retrouvée avec un 7,65 presque collé sur le front. « J’ai quarante ans de tir sportif derrière moi. Je sais identifier une vraie arme. » Le Browning n’avait rien de faux. « Et avec une balle engagée », précise le président.
Mais alors pourquoi ? « Il disait des choses sur ma nouvelle copine. Je voulais que ça cesse… » « Avec une arme ? », s’étonne le président. Dans la lecture du dossier d’instruction, Fabrice Rives a trouvé une autre explication : l’argent. « Il avait coupé votre carte bancaire. »
Dans l’art du coup d’épaule contre les piquets, Claude devient expert. La victime, « traumatisée, qui ne dort plus et enchaîne séances chez la psychologue et antidépresseurs », prévient son conseil Me Pierre-André Pedaille, balaie le mystère. « Il gérait une société pour moi et des amis. Il a eu deux chantiers à 50 000 euros. Nous n’avons jamais vu un centime. » Les associés ont mis fin au moyen de paiement.
Plus d’argent et la folie des jeux
La vraie raison de la brouille ? « De toute façon, on ne saura jamais », philosophe Me Alexandre Martin, en défense de Claude, « un client dont le passé de vilain garçon illustre l’histoire judiciaire de Toulouse », sourit son avocat. Un homme parti aussitôt en août 2025 claquer le liquide au casino. « Combien ? » tente le président. « 50 ou 100 euros », répond Claude. Fabrice Rives évite l’éclat de rire mais n’y croit guère : « Vous avez quand même joué 35 000 euros entre janvier et juillet ».
Et casier en main, le président s’inquiète : « Le problème, il est là… » Trois condamnations devant les cours d’assises en 1979, 1984 et 1992, un rôle de braqueur assumé payé de 27 années de réclusion. « C’était avant, une autre vie », assure Claude. « Avec un tel casier, même ancien, on peut éviter de débarquer chez un ami l’arme à la main », tance le président.
Temps de « poser les armes et de prendre la retraite »
L’embrouille « entre amis » conserve sa part de mystère mais le parquet prend le dossier au sérieux. « Avec le coup de feu tiré, heureusement vers le sol, cela aurait pu très mal tourner », rappelle le procureur Sylvain Cordesse qui qualifie les faits de « gravissimes ». « Le manque de prise en compte par l’auteur m’inquiète. Il minimise ». Il requiert trois ans dont un an avec sursis.
Cette peine, Me Martin l’estime « adaptée ». De cette opération « digne des Tontons flingueurs », l’avocat de la défense estime : « Il y a du passionnel dans ce dossier entre ces deux-là qui ne se quittait plus. Maintenant la page est tournée. Monsieur vous n’avez plus rien à craindre de votre ami. Lui sait qu’il est temps de poser les armes et de prendre sa retraite ! »
Le tribunal suit les réquisitions. Claude reste libre, bracelet à la cheville. Il doit aussi régler 10 000 euros de dommages et intérêts, et 3 000 euros de frais de justice réclamés par Me Pierre-André Pedaille pour « l’ami traumatisé ».














