Pendant quelques mois en 2023, Cathy a vécu sur le même palier que Philippe Lamy, l’homme qui allait être interpellé dans l’affaire dite du « gourou de Muret ». Bruit, intrusions, propositions troublantes… certains comportements avaient déjà alerté le voisinage.
Au départ, ce sont surtout les nuisances qui l’interpellent. Cathy habite depuis 2020 dans cette petite copropriété de Muret lorsque, en juin 2023, un couple emménage dans l’appartement situé juste en face du sien. L’homme est bruyant, « très, très intrusif », raconte-t-elle. Il attend régulièrement livreurs et facteur sur le pas de la porte pour récupérer directement ses colis. « Il faisait ami-ami un peu avec tout le monde. »
Derrière ce nouveau voisin se cachait Philippe Lamy, celui que l’on surnomme le « gourou du Médoc ». L’homme, qui a depuis changé de nom de famille, est déjà condamné par le passé et aujourd’hui renvoyé devant la cour criminelle départementale de la Haute-Garonne. Il doit y répondre de plusieurs accusations de viol, dont l’une concernant une mineure de 15 ans au moment des faits, de corruption de mineurs de moins de 15 ans ainsi que d’exercice illégal de la médecine en récidive. Philippe Lamy, qui conteste une partie des accusations portées contre lui, est détenu provisoirement depuis septembre 2023.
De tout cela, Cathy ne sait alors rien. Elle ne découvrira le passé judiciaire de son voisin qu’après son interpellation. Mais dans les semaines qui suivent son arrivée dans la résidence, plusieurs comportements commencent déjà à éveiller la méfiance du voisinage.
Cathy raconte notamment le cas d’une voisine âgée de 70 ans. L’homme la remercie un jour d’avoir nettoyé la coursive commune et l’invite à boire une bière chez lui. La septuagénaire accepte mais prévient qu’elle ne restera pas longtemps : sa fille, âgée d’une quarantaine d’années, l’attend chez elle. Selon le récit fait ensuite à Cathy, son nouveau voisin serait alors allé lui-même chercher cette dernière pour la faire venir dans l’appartement.
Quelques jours plus tard, nouvel épisode. Alors que la septuagénaire refuse de lui ouvrir, l’homme aurait sauté son portillon pour venir jusqu’à sa véranda et frapper à la vitre. Apeurée, elle appelle Cathy. « Je lui ai dit d’aller porter plainte directement à la gendarmerie ou tout au moins de faire une main courante. » Selon Cathy, une main courante est finalement déposée.
Des SMS conservés pour les gendarmes
La fille de cette même voisine aurait ensuite reçu de la compagne de l’homme des SMS lui proposant notamment des relations sexuelles à trois. Cathy leur conseille de ne rien effacer. Les messages seront, selon elle, transmis par la suite aux gendarmes.
Dans la résidence, l’étrange voisin commence à faire parler de lui. Cathy dit également avoir assisté à une scène durant laquelle il proposait à un habitant qui dormait mal de placer un « petit produit » dans sa climatisation afin de diffuser des odeurs censées l’aider à dormir. À une autre voisine, il aurait proposé des « petites substances » en cas de fatigue.
Cathy, elle, garde ses distances et observe. Elle finit par signaler au propriétaire les nuisances ainsi que la présence de cet homme qui, affirme-t-elle, ne figurait pas sur le bail. Une démarche qui lui vaut une altercation avec son voisin. « Il se méfiait de moi », estime-t-elle aujourd’hui.
« On a pris peur »
Puis vient ce matin de septembre 2023. Vers 6 heures, Cathy est réveillée par un vacarme. Elle ouvre ses volets et aperçoit dans l’obscurité des hommes en tenue sombre. Ce sont les gendarmes. Ce n’est que le lendemain, en découvrant dans la presse l’identité et le passé judiciaire de son voisin, qu’elle comprend qui vivait en face de chez elle.
« On a pris peur. On est tombés des nues », se souvient-elle. Avec le recul, certains comportements observés pendant ces quelques mois prennent alors une autre dimension à ses yeux. Elle repense notamment à sa manière d’intercepter les livreurs ou le facteur à l’extérieur de la résidence.
Cathy sera finalement entendue par les gendarmes, comme plusieurs habitants de la résidence. Chacun est invité à raconter ce qu’il a personnellement vu ou subi. Elle tient aujourd’hui à une distinction : elle n’a jamais été victime de cet homme. Elle en a été la voisine et le témoin.













