L’association organisatrice du festival Le Printemps des comédiens, à Montpellier, est visée par un rapport sévère de la Chambre régionale des comptes Occitanie. Gestion défaillante, usage non justifié de subventions publiques, dérive des charges et manque de contrôle des financeurs : l’enquête met en lumière de graves dysfonctionnements financiers.
Alors même que le festival “Le Printemps des comédiens” se déroule à Montpellier, jusqu’au 21 juin prochain, l’association organisatrice se fait épingler par la chambre régionale des comptes Occitanie. « Une gestion défaillante et un contrôle des financeurs publics insuffisants. » C’est ainsi que la CRC résume son rapport, publié ce lundi 8 juin, relevant de sérieux dysfonctionnements. Une enquête financière réalisée entre 2019 et 2024, qui fait suite au signalement du président du Conseil départemental de l’Hérault, principal financeur de la structure.
Difficultés financières malgré des subventions
En effet, le Département de l’Hérault avait, dans les années 1980, mandaté l’association pour animer une partie de l’offre culturelle du Domaine d’O, parallèlement à l’établissement public industriel et commercial (EPIC). Depuis, les deux structures ont été transférées sous compétence de la Métropole de Montpellier, qui, dans un souci de mutualisation des coûts, a voté en 2022 leur fusion au sein d’un Établissement public de coopération culturelle (EPCC). Cependant, le rapprochement des deux structures a pris du temps, eu égard aux difficultés financières de l’association “Le Printemps des comédiens” et à « l’utilisation non justifiée de subventions publiques ».
Dans ce contexte, la chambre régionale des comptes Occitanie s’est penchée sur les comptes du “Printemps des comédiens” qui, à l’aube de la fusion, « présente un risque majeur de cessation de paiement ». Elles bénéficient pourtant de subventions, représentant 65% de ses recettes d’exploitation. Sur la période observée, « la Métropole de Montpellier a versé 1,5 million par an (dont 1,2 million émane du Conseil départemental) et l’État (via la direction régionale des affaires culturelles – DRAC) apportait 450 000 euros par an. Ainsi, l’association a perçu 12,8 millions d’euros d’argent public entre 2019 et 2024 », constate la CRC. Pourtant, la dégradation de la situation financière du Printemps des comédiens conduira le commissaire aux comptes à lancer une procédure d’alerte en 2019, puis en 2023.
Des charges de personnel qui interpellent
Selon les investigations de la chambre régionale des comptes Occitanie, plusieurs dysfonctionnements expliquent les résultats déficitaires : D’abord, « l’augmentation significative des charges de structure de l’association (frais de fonctionnement courant, prestataires externes, masse salariale du personnel permanent dont particulièrement la direction…) qui passent de 1,7 M€ en 2019 à 3,1 M€ en 2023 ».
En effet, l’organisme de contrôle révèle des « charges de personnel salarié de la structure s’élevant à 800 000 euros par an en moyenne, sachant qu’il n’y a que trois employés ». Le directeur représente à lui-seul pour près de 200 000 euros de dépenses selon les comptes de l’association. Un montant qui interpelle la CRC, d’autant que «sa rémunération compte pour 12% des charges de personnel, alors que, sur sa propre décision, des prestations, qui lui incombaient pourtant statutairement, ont été externalisées (2,7 millions d’euros sur six ans) ».
Un budget artistique en baisse
Et si les charges de structures ont augmenté substantiellement, le budget artistique (achat de spectacles et défraiement des troupes) lui, a diminué, passant de 40% du total des dépenses en 2019 à 31% en 2023. Une baisse attribuée, en partie, au développement par “Le Printemps des comédiens” de la production de ses propres spectacles. La direction explique également son positionnement qualitatif, « nécessitant un pilotage et la poursuite d’un projet culturel audacieux dont l’ampleur n’a pas toujours été perçue » Mais la chambre, elle, note surtout « que l’association fait du budget artistique, qui est pourtant son cœur d’activité, sa seule variable d’ajustement pour tendre vers l’équilibre financier ».
Accusation récusée par la structure qui justifie la révision de son projet culturel, devant « les errements métropolitains ». Dans un courrier à la chambre régionale des comptes, la direction du “Printemps des Comédiens” explique : « En décembre 2023, alors que l’association s’apprêtait à prononcer sa dissolution (prévue le 1er janvier 2024), le président de la Métropole [nous] demanda de porter le festival 2024, demande encore une fois renouvelée pour l’édition 2025, ainsi que la production de “Bérénice” initialement prévue comme production inaugurale de l’EPCC. Cette absence de visibilité n’a pu que nuire au pilotage au cours des dernières années et notamment à la concrétisation du projet culturel. »
Une trésorerie en berne
Dépenses en hausse, mais recettes en berne, la billetterie accusant une baisse de 34% sur la période, la structure culturelle a fait face à d’importants problèmes de trésorerie, l’amenant à solliciter un soutien exceptionnel de 415 000 euros à la Métropole de Montpellier en 2024. Somme que la collectivité compte bien récupérer, mais elle le fera sur les comptes de l’EPCC… l’association ayant été placé en liquidation en juillet 2025. « Un établissement public va donc devoir rembourser de l’argent perçu par une association privée ? » s’interroge la chambre, rappelant que « ce n’est pas conforme aux statuts de l’EPCC.
Michaël Delafosse, président de Montpellier Méditerranée Métropole, précise alors qu’il s’agit en réalité « d’une avance sur les contributions à venir pour le financement de l’établissement public, […] une avance de subvention, qui viendra en déduction des contributions futures de l’EPCC ». Pour la chambre, « cette décision grève les futurs budgets de l’établissement nouvellement créé ». D’autant que ce “soutien exceptionnel” a été obtenu « malgré des explications non étayées et lacunaires sur les causes des difficultés financières » du “Printemps des comédiens”. Le signe, pour la CRC, d’un manque de contrôle de la part des principaux financeurs.
Un manque de contrôle des financeurs publics
« Il a été laissé une grande largesse de l’utilisation des deniers publics à cette association », affirme le gendarme financier, qui révèle notamment une subvention exceptionnelle de l’État en 2023, d’un montant de 50 000€, pour le montage du spectacle “Faiseur de théâtre” d’André Engel. La somme a bien été versée à la structure… mais la pièce n’a jamais été réalisée.
Ainsi, « les instances de gouvernance, composées en grande partie de financeurs, n’ont pas exercé pleinement les fonctions de contrôle et d’administration qui leur incombaient statutairement ». Laissant au directeur de l’association « la concentration des pouvoirs et des prises de décisions ». Celui-ci assure « avoir toujours fourni l’ensemble des documents utiles à la Métropole, au Conseil départemental, à la DRAC ou à la DGCA (Direction générale de la Création artistique). Ces autorités n’ont jamais informé l’association de l’insuffisance des documents transmis […] : budget prévisionnel annuel, rapport financier annuel, rapport du commissaire aux comptes, bilan moral et comptes annuels ».







