À quelques kilomètres d’Albi, une tour de guet carrée de 40 mètres surgit du plateau tarnais et se repère depuis des kilomètres à la ronde. Le château de Castelnau-de-Lévis, méconnu du grand public, cache pourtant une histoire politique aussi dense que le panorama qu’il offre sur l’Albigeois est saisissant. Et l’accès y est libre, toute l’année.
Une forteresse née d’un coup de force politique
Tout commence après la croisade des Albigeois, quand Raymond VII, comte de Toulouse, se retrouve dépossédé de l’essentiel de ses biens et formellement interdit de construire la moindre place forte. Pour contourner cette contrainte, il use d’un subterfuge habile : il fait don du puy de Bonnafous, un piton rocheux dominant la vallée du Tarn, à son ministre et fidèle vassal Sicard Alaman, à la seule condition que celui-ci y bâtisse une puissante forteresse. La construction s’échelonne de 1235 à 1256, et le château prend d’abord le nom de Castelnau-de-Bonnafous, du nom de la butte sur laquelle il s’élève. Sa fonction est clairement offensive : tenir le versant nord du Tarn face à la royauté installée au sud, en faire un bastion avancé des intérêts toulousains dans cet Albigeois disputé.
Ce n’est que plus tard, lorsque l’édifice passe aux mains de la famille de Lévis, qu’il prend le nom sous lequel on le connaît aujourd’hui.
Une tour de 40 mètres, dernier témoin d’un passé imposant
Des siècles et des conflits ont fait leur œuvre, ne laissant debout que quelques pans de murailles et, surtout, la tour de guet carrée, haute de 40 mètres, qui compte parmi les plus hautes tours médiévales d’Europe. Elle est inratable dans le paysage albigeois, puisqu’elle se distingue à l’horizon bien avant d’arriver au village.
Sa fonction première était d’assurer une surveillance permanente sur la vallée du Tarn et sur Albi, ce qui explique pourquoi elle a été construite aussi imposante sur ce promontoire naturel. Aujourd’hui, l’accès au sommet de la tour est interdit au public pour des raisons de sécurité, mais le site reste ouvert librement et gratuitement toute l’année. La commune a racheté les vestiges en 1991, et une association de bénévoles œuvre depuis à leur conservation, dans un travail discret mais continu qui mérite d’être salué.
Un panorama sur l’Albigeois qui n’a pas d’équivalent
C’est sans doute ce que le site offre de plus immédiat aux visiteurs qui y font halte : depuis le promontoire du château, le regard embrasse un tableau saisissant, que les visites guidées ne font qu’amplifier. Albi et sa cathédrale Sainte-Cécile, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, se découpent à quelques kilomètres vers le sud, avec le ruban du Tarn qui serpente au pied de la cité épiscopale.
Au-delà, les coteaux du vignoble de Gaillac ferment l’horizon, dans une succession de teintes qui varie considérablement selon la saison. Une table d’orientation installée sur le site aide à identifier les points remarquables du paysage, ce qui est utile d’autant que le panorama s’étend très loin par temps clair. En contrebas, le village médiéval de Castelnau-de-Lévis vaut lui aussi le détour, notamment pour son église Saint-Barthélemy, édifice roman du XIIe siècle dont le clocher fortifié rappelle que ce bourg a été conçu, dès l’origine, comme une place de défense.
Deux sentiers de randonnée familiaux partent de la mairie, les boucles de Fonfrège et des Bouissières, praticables en une heure à une heure trente et accessibles à tous. Le site se trouve à 8 kilomètres d’Albi, ce qui en fait une excursion naturelle à combiner avec la visite de la cité épiscopale, sans que l’une n’éclipse l’autre.
À retenir avant de partir
Les Journées européennes du patrimoine, chaque année en septembre, sont l’une des rares occasions où l’accès au sommet de la tour de guet est rendu possible pour le public, avec un panorama encore plus vertigineux qu’au sol. Pour qui veut vivre ce château dans toute sa dimension, c’est un rendez-vous à inscrire dans son agenda dès maintenant.









