Marine Beaury, 40 ans, a accompli son rêve jeudi dernier en terminant l’OCC de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, malgré trois opérations et une préparation perturbée. Cette mère de famille, soutenue par ses proches, a surmonté douleurs et appréhensions pour boucler les 60 km et 3 500 m de dénivelé en 10 heures 58 minutes et 24 secondes. Elle envisage désormais une vie sportive plus sereine.
« Physiquement, j’ai l’impression qu’un rouleau compresseur m’est passé dessus ! Mais je suis tellement heureuse d’avoir réalisé ce rêve que j’arrive presque à oublier mes douleurs. » Après trois opérations survenues en mai 2025 (ligamentoplastie de la cheville gauche), octobre 2025 (rupture totale du tendon d’Achille droit) et mars dernier (une fois de plus pour la cheville gauche), Marine Beaury s’était fixée comme objectif, jeudi dernier, de boucler l’OCC (Orsières-Champex-Chamonix) de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, soit 60 km et 3 500 m de dénivelé positif.
À l’arrivée, cette mère de famille de 40 ans, ex-adepte d’athlétisme et de swimrun, a réussi son pari en 10 heures 58 minutes et 24 secondes, soit la 697e place au scratch. « La fin de ma préparation ne s’est pas passée comme prévu. J’ai attrapé une belle bronchite qui m’a obligée à lever le pied pendant une semaine et demie. Avec une préparation déjà très courte à cause de mes opérations, ce n’était pas idéal. J’ai donc privilégié le repos et la récupération pour arriver au départ dans le meilleur état possible », explique-t-elle dans un premier temps.
« J’ai plutôt bien dormi la veille du départ. Mais j’avais aussi très peur, notamment de ne pas réussir à réaliser mon rêve. Je savais que c’était un peu maintenant ou jamais. Et avec la chaleur annoncée, l’inquiétude était encore plus présente : pendant mes trois mois de préparation, j’avais constaté que mes tendons me faisaient beaucoup plus souffrir lorsqu’il faisait très chaud. Il y avait donc énormément d’envie, mais aussi beaucoup d’appréhension », poursuit cette native de Toulouse, installée à Nailloux.
« Je suis partie comme si je n’avais jamais été opérée »
Le jour J, malgré un réveil à 3 heures du matin pour prendre la navette UTMB à 4h45, elle n’a pas oublié ses habitudes. « Au petit-déjeuner, je prends du Skyr avec des granolas. Et surtout, passage obligatoire aux WC, un rituel qui fait beaucoup rire les autres coureurs ! Je prends aussi toujours une douche avant une course, même si je sais que je vais finir dans un état bien différent. Et, pour finir, mes deux fameuses tresses collées, qui font partie de mon rituel d’avant-course », détaille-t-elle.
Concernant la météo, la Haut-Garonnaise a eu droit à la grosse chaleur : « Certains passages en plein soleil ont été particulièrement difficiles, mais je n’ai jamais manqué d’eau. L’organisation avait vraiment bien anticipé avec des points d’eau très réguliers, ce qui a permis de ne pas mettre les coureurs en difficulté ».
Sur les dix-huit premiers kilomètres, elle a retrouvé son ancien esprit de compétitrice. « Je suis partie comme si je n’avais jamais été opérée, avec beaucoup d’envie, au point de basculer première femme de la vague 2. J’étais annoncée pour finir en moins de 9h20 (rire) », souligne-t-elle.
« À partir du vingtième kilomètre, mon mental a lâché »
Malheureusement, dans une descente rocailleuse, elle glisse et reçoit un véritable coup d’électricité dans son tendon opéré. « À partir de là, tout a changé. La douleur est devenue très importante et, en compensant, l’autre tendon s’est également mis à me faire souffrir », confie cette ex-adepte du 2 000 m, du 1 000 m, du 400 m, du 800 m et du cross.
« À partir du vingtième kilomètre, mon mental a lâché », insiste-t-elle. « Je n’arrivais quasiment plus à m’alimenter et je vomissais énormément. Je n’ai fait que boire jusqu’à l’arrivée. J’ai donc dû me battre physiquement, mais surtout mentalement, en me demandant plusieurs fois si j’allais pouvoir aller au bout. Du coup, j’ai énormément pleuré sur ce parcours en perdant toute confiance en moi. Avec seulement trois mois de préparation après mes opérations, sans avoir pu faire le volume ni le dénivelé nécessaires, cette course a vraiment été une épreuve surhumaine pour moi », reconnaît cette comptable.
Mais elle est parvenue à franchir la ligne d’arrivée, « dont je rêvais depuis si longtemps ». « Mon conjoint, qui m’a énormément soutenue tout au long de la course, et tous mes proches qui croyaient en moi ont joué un rôle essentiel. Je suis extrêmement fière d’être allée au bout, même avec ma démarche de canard boiteux. Plus je me rapprochais de l’arrivée, plus les larmes coulaient. L’ambiance à Chamonix est indescriptible : les supporters hurlent nos prénoms, on a l’impression d’être au Tour de France ! Et quand j’ai franchi cette ligne, ça a été une immense délivrance. Mon chirurgien disait que ce serait un miracle que j’arrive au bout avec l’état de mon tendon. Finalement, l’UTMB m’a offert ce miracle », savoure-t-elle.
« J’ai bouclé tous les objectifs que je m’étais fixés dans ma vie de sportive »
Concernant son physique, elle a fait le point hier avec le médecin du sport, puis elle le fera avec son chirurgien la semaine prochaine. « On parlait encore d’une éventuelle quatrième opération, et je m’étais dit que si j’arrivais à terminer l’OCC, je voudrais l’éviter. Mais je sais aussi qu’il faut écouter les professionnels et contrôler notamment le tendon qui me fait souffrir », tempère-t-elle.
Désormais, Marine veut avant tout retrouver une vie normale : « Je veux pouvoir travailler davantage en présentiel, conduire sans souffrir et ne plus boiter le matin. J’ai énormément demandé à mon corps pour réaliser ce rêve. Il m’a permis d’aller jusqu’à l’arrivée, alors maintenant, je lui dois de l’écouter et de le respecter ».
Elle évoque également l’idée de ne plus remettre de dossard. « J’ai bouclé tous les objectifs que je m’étais fixés dans ma vie de sportive et, après avoir pratiqué le sport depuis l’âge de 10 ans avec énormément d’entraînements et de sacrifices, j’ai envie de penser davantage à moi, de profiter de mes enfants, de ma famille et de mon conjoint. Je ne quitte pas le sport pour autant, mais j’ai envie de le vivre autrement, sans cette quête permanente de performances. J’aimerais maintenant gravir les sommets à 3 000 mètres, me perfectionner en randonnée, découvrir l’alpinisme avec mon conjoint et explorer de nouveaux cols à vélo », projette-t-elle.













