Longtemps bon marché et facile à trouver sur les étals, le maquereau se fait rare en Occitanie cet été. Les pêcheurs de Méditerranée se retrouvent coincés entre des stocks atlantiques en chute libre, des quotas européens taillés dans le vif depuis le début de l’année et une canicule marine qui bouscule les habitudes migratoires du poisson, avec des conséquences concrètes sur les criées et les marchés de la région.
Un stock sinistré depuis des années
Les chiffres sont sévères. Le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) alerte depuis plusieurs saisons : la biomasse de maquereaux adultes dans l’Atlantique Nord-Est a été divisée par plus de deux en cinq ans, passant sous les seuils de sécurité biologique.
La surpêche chronique en est la cause principale, d’autant que la Norvège, les îles Féroé, le Royaume-Uni et l’Islande dépassent chaque année depuis 2010 les recommandations scientifiques d’environ 40 %, sans qu’aucun accord contraignant ne vienne freiner ces prélèvements. Le stock s’est donc vidé bien plus vite que sa capacité à se reconstituer.
Des quotas européens qui font mal
Face à cet état d’urgence, les ministres européens de la pêche ont décidé en décembre 2025 de réduire les quotas de maquereau de 70 % pour le premier semestre 2026, faute d’accord avec les États côtiers non membres de l’UE. Une mesure douloureuse, puisque le comité national des pêches n’a pas mâché ses mots : selon son président Olivier Le Nézet, les baisses sur des espèces clés comme le maquereau auront des impacts lourds pour l’ensemble de la filière.
Sous la pression des professionnels, la Commission européenne a ramené la réduction à -48 % le 30 mars 2026, ce qui reste insuffisant aux yeux de certaines ONG comme Bloom. En Méditerranée occidentale, les niveaux de captures ont été reconduits à l’identique, mais la ressource y reste sous forte pression après des décennies de surpêche, si bien que la stabilité affichée relève davantage du sursis.
Une canicule marine qui vient aggraver la situation
Ce qui frappe particulièrement les pêcheurs occitans cet été, c’est qu’à la crise des quotas s’est greffé un problème d’un autre ordre. La canicule marine qui sévit en Méditerranée perturbe directement la présence du poisson dans les zones habituelles. Selon les données de Copernicus Marine, 67 % de la surface de la Méditerranée se trouvait en canicule marine fin juin 2026, contre 52 % au début du même mois, avec des températures côtières dépassant de +5 °C les normales de saison.
Le maquereau, espèce mobile, réagit à ces surchauffes en descendant vers des eaux plus fraîches ou en se déplaçant vers des secteurs que les filets n’atteignent pas, si bien que les pêcheurs se retrouvent avec des quotas serrés sur le papier et un poisson qui n’est plus là où on l’attend.
À Sète, les petits armements en première ligne
C’est à Sète, premier port de pêche français en Méditerranée, que la situation se ressent le plus concrètement. Les armements familiaux artisanaux qui constituent l’essentiel de la flottille locale disposent de peu de latitude pour encaisser ce type de choc, puisque leur équilibre économique repose sur une offre régulière.
Or le maquereau reste très demandé sur les marchés occitans, car il est populaire, peu coûteux et ancré dans les habitudes alimentaires de la région. Ce décalage contraint une partie des professionnels à se tourner vers d’autres espèces, un jonglage qui ne règle rien sur le fond.
Un été qui interroge sur l’avenir du maquereau dans nos assiettes
Pour les amateurs toulousains qui cherchent du maquereau frais sur les marchés du Capitole ou de Saint-Aubin, la pénurie devrait durer le temps que la canicule reflue et que les négociations entre l’UE et les pays nordiques aboutissent, ce qui ne semble pas imminent. La double pression climatique et réglementaire qui pèse sur les pêcheurs d’Occitanie pose une question plus large : celle de la place du maquereau dans l’assiette régionale, à l’heure où les ressources marines se fragilisent à vitesse accélérée.











