Après la charge d’un ours contre un éleveur sur l’estive d’Arréou, en Ariège, les réactions divergent. Tandis que la Chambre d’agriculture juge la situation « grave » et réclame la capture de l’animal pour l’équiper d’un système de suivi, l’association FERUS évoque une possible réaction de défense liée aux circonstances de la rencontre.
« La situation est grave et particulièrement inquiétante », estime la Chambre de l’agriculture d’Ariège dans un communiqué. Elle fait ici référence à la charge d’un ours contre un éleveur sur l’estive d’Arréou le 7 août dernier. « C’est aujourd’hui un vrai problème de sécurité publique pour les bergers, les éleveurs et les pratiquants de la montagne, particulièrement nombreux en ce moment », alerte la Chambre de l’agriculture. De son côté, FERUS, association nationale de protection et de conservation de l’ours, du loup et du lynx, tient à rappeler : « Lors de centaines de nuits de gardes nocturnes, les bergers d’appui de la Pastorale Pyrénéenne n’ont jamais signalé de comportement agressif, même en cas de rencontre fortuite à courte distance ».
Toutefois, suite à cet incident, la préfecture a autorisé une opération destinée à modifier le comportement de l’animal. Dans le même temps, une réunion a été organisée visant à cadrer le déclenchement de ce protocole « ours présentant un comportement anormal ou dangereux ». Lors de celle-ci, l’Office français de la biodiversité (OFB) a réalisé une présentation détaillée de l’incident. C’est à la lumière de cette dernière que l’association FERUS a livré son analyse du comportement de l’ours.
L’analyse du comportement de l’ours par l’association
Ainsi, selon elle, le chien de conduite de l’éleveur aurait débusqué l’ours, ce qui aurait déclenché une charge de ce dernier. « Ce comportement est classique et peut advenir pour d’autres espèces : par exemple, les chiens de randonneurs peuvent déclencher la charge de bovins en estive s’ils se rapprochent trop de ces derniers », affirme l’association. Après cette charge contre le chien, l’ours en déclenche une d’intimidation vers l’éleveur « en s’arrêtant à trois mètres ». « Si l’ours prend généralement la fuite, le stress généré par la présence du chien suivie par la détection de l’homme à courte distance, perçue comme une menace, peut engendrer ce réflexe de défense et de mise en garde », fait savoir FERUS.
En réaction, l’éleveur « cherche à impressionner l’ours (cris, gestes) et lui jette des objets (une boîte de pâté atteint l’ours) ». L’animal « grogne, montre les dents et s’assoit patte levée » avant de « s’éloigner vers la forêt ». Mais l’homme essaie ensuite de le prendre en photo « en s’approchant à 10 mètres » et « l’ours grogne à nouveau et gratte le sol ». L’éleveur lui jette alors des cailloux et l’animal « part lentement ». « En cas de rencontre rapprochée ou de charge, il est déconseillé de répondre par la confrontation et l’agressivité, plutôt rester calme et afficher un profil bas pour faire baisser la tension », recommande l’association. Pour elle, « le fait que cet ours ait tardé à fuir et montré une agressivité, sans conséquence, est peut-être lié à cette situation de défi et de confrontation, et aussi au peu d’expérience d’un individu subadulte ».
La Chambre de l’agriculture veut « passer rapidement à l’étape 2 »
Pour autant, FERUS a approuvé le déclenchement du protocole « ours présentant un comportement anormal ou dangereux » qui « permettra à l’OFB de tester le comportement de ce jeune individu dans des circonstances standards et de pratiquer un conditionnement aversif s’il s’avère nécessaire ». Et ce, parce qu’« on ne sait pas s’il se cantonne aux circonstances particulières de cet évènement, ou s’il est plus général ».
Pour la Chambre de l’agriculture, le déclenchement de ce protocole ours « est totalement justifié ». Mais elle « demande de passer rapidement à l’étape 2 ». En clair, « la capture et l’équipement d’un système de suivi de l’ours concerné ». « Aujourd’hui, l’accident humain n’a jamais été aussi proche en Couserans et nous comptons sur la responsabilité de tous, État et associations environnementales, pour mettre en place et accepter les procédures nécessaires à la protection des utilisateurs de la montagne. À défaut, chacun devra assumer sa responsabilité », conclut-elle.













