Dans le Gers, la désertification médicale continue de s’aggraver. Face au manque de médecins et à la disparition progressive de certains spécialistes, le Département a choisi de créer des centres de santé territoriaux. Le vice-président délégué à la santé, Jérôme Samalens, revient sur cette stratégie d’urgence.
Jérôme Samalens, quelle est la politique du Département pour lutter contre les déserts médicaux ?Depuis 2016-2017, le Département s’est engagé dans la lutte contre la désertification médicale. À l’époque déjà, tous les indicateurs montraient que la situation allait continuer de se dégrader. Nous avons donc créé une mission dédiée, pour rendre le territoire plus attractif auprès des médecins. Au départ, nous travaillions surtout avec les internes, puis nous avons progressivement développé un accompagnement complet à l’installation des praticiens, qu’ils soient libéraux ou salariés.
Quel type d’accompagnement proposez-vous concrètement ?Nous aidons les médecins dans tous les domaines : démarches administratives, fiscalité, recherche de logement, emploi du conjoint, solutions de garde pour les enfants… L’objectif est de lever un maximum de freins à leur installation. Mais malgré cela, nous avons rapidement compris que certains territoires allaient tout de même s’effondrer médicalement parlant. Nous avons donc commencé à réfléchir à d’autres solutions.
L’alternative des centres territoriaux de santé
Dont la création de centres de santé départementaux…Exactement. Nous avons étudié différents modèles existants ailleurs en France, notamment des centres municipaux ou départementaux. Pour le Gers, la solution la plus adaptée était de créer des centres de santé portés par le Département, et d’y salarier des médecins. Nous avons alors missionné un cabinet spécialisé afin d’identifier les zones les plus en difficulté. En parallèle, nous avons sollicité les collectivités locales pour savoir lesquelles souhaitaient accueillir un centre. Le principe est simple : le Département prend en charge tout l’aspect médical, et les communes mettent les locaux à disposition.
Quels territoires ont alors été identifiés comme prioritaires ?Trois secteurs sont rapidement ressortis : Fleurance, Vic-Fezensac et la vallée de l’Arros, notamment autour de Plaisance et Villecomtal-sur-Arros. À certains endroits, nous étions face à des situations extrêmement critiques, avec parfois plus aucun médecin sur le territoire.
Comment la situation s’est-elle dégradée de la sorte à Villecomtal-sur-Arros ? Un médecin libéral s’y était installé, il n’y a pas si longtemps… Nous avions donc mis le projet en attente temporairement. Mais aujourd’hui, ce praticien se retrouve complètement débordé. Le centre territorial de santé va donc permettre de le soulager en assurant des permanences certains jours de la semaine et en prenant aussi le relais pendant ses congés.
Le Gers, territoire sinistré
Aujourd’hui, combien de médecins travaillent dans les centres territoriaux de santé ?Nous comptons actuellement 16 médecins salariés dans nos centres de santé. Notre objectif n’est pas de remplacer les médecins libéraux. Nous voulons rééquilibrer les territoires pour qu’ils redeviennent attractifs. D’ailleurs, partout où nous avons implanté des centres de santé, des médecins libéraux sont ensuite revenus s’installer.
Ces centres sont finalement des solutions transitoires ?Totalement. Nous pourrons être satisfaits, le jour où nous pourrons fermer certains centres parce que le territoire aura retrouvé un équilibre médical durable grâce aux installations libérales. Les médecins salariés ont leur place dans le système, mais le modèle majoritaire reste celui de la médecine libérale.
La désertification médicale actuelle concerne également les médecins spécialistes ?Oui. Le Gers fait partie des départements français où la densité de spécialistes est la plus faible. Nous avons déjà recruté deux pédiatres salariés et nous travaillons également sur des dispositifs mobiles de prévention. Par exemple, nous avons créé la “Mammobile”, qui permet de réaliser des mammographies dans les communes rurales du territoire. Nous réfléchissons aussi à développer des dispositifs similaires pour d’autres spécialités, notamment la dermatologie. Aujourd’hui, il ne reste qu’un seul dermatologue dans tout le Gers.
Emil Boudjemaa


















