Dans la nuit du 8 septembre 2024, M. descend au pied d’une barre HLM d’Empalot, à Toulouse, pour acheter des stupéfiants. Il tombe sur un Vespa gris, un pistolet semi-automatique et plusieurs coups de feu. Touché au genou, il restera probablement infirme à vie. Deux hommes, Ilies et Mohammed, ont été condamnés à huit ans de prison, ce jeudi.
M. était descendu chercher sa consommation de stupéfiants. Dans la nuit du 8 septembre 2024, vers 2 h 30, rue Jean-Lebas, à Empalot, il avait rendez-vous avec un homme surnommé « Cheval », présenté comme son dealer. Au pied d’une petite barre HLM blanche, il aperçoit un Vespa gris. Puis le canon d’un pistolet semi-automatique. Quelques secondes plus tard, les coups de feu claquent.
M. prend la fuite, touché par deux balles au genou. Sur place, les enquêteurs retrouveront six douilles. D’autres projectiles ont terminé leur course dans la façade de la résidence, dont l’un dans le volet d’un appartement du premier étage. La blessure de M. est grave : un nerf sectionné, une infirmité probable, une boiterie à vie. « Il ne sait même pas pourquoi on lui a tiré dessus », rappelle le président du tribunal correctionnel de Toulouse, ce jeudi.
« Il faut demander aux policiers… »
Dans la salle d’audience, les deux prévenus gardent d’abord la tête basse, les mains croisées. Même marque de tee-shirt, l’un noir, l’autre blanc. Ilies, 21 ans, cheveux longs attachés, sans compagne ni enfant, dit avoir travaillé dans le nettoyage lorsqu’il était encore en liberté. Mohammed, 26 ans, père de deux enfants, petite barbe et vague de cheveux posée sur le crâne, est surnommé « Petit Moha » en raison de sa taille. Tous deux ont déjà été condamnés, notamment pour des affaires liées aux stupéfiants, à l’outrage ou à la rébellion. Quand le président commence à dérouler le dossier, ils se redressent.
Ils contestent les faits. « J’étais dans cette cité tout simplement parce que j’habite à Empalot », explique l’un. « J’étais en Espagne, à mon retour j’ai été interpellé », assure l’autre. Le président insiste : comment fonctionne l’arme semi-automatique utilisée cette nuit-là ? Mohammed esquive : « Il faut demander aux policiers, ils s’y connaissent mieux que nous. »
Les images de vidéosurveillance montrent un Vespa gris, deux hommes, l’un casqué, l’autre cagoulé, l’un plus petit que l’autre. Ilies aurait été désigné par le « Cheval ». Des pièces de monnaie retrouvées sur les lieux portent aussi son ADN. « Normal, j’habite à Empalot, l’argent ça circule », se défend-il. Quant au téléphone d’Ilies, son bornage reste inexploitable : les enquêteurs parlent d’un « trou noir ».
Des zones d’ombre
Au milieu du procès, M. entre dans la salle. Un homme chétif, vêtu de rose de la tête aux pieds, cheveux noirs noués en queue-de-cheval. Il avance difficilement, avec une démarche cassée. « Je savais pas aujourd’hui le jugement », glisse-t-il d’une voix nasillarde.
Pour le procureur, les éléments « convergent de façon certaine » et ne laissent « pas de doute raisonnable ». L’instruction n’a toutefois pas permis d’établir qui tenait l’arme et qui se trouvait à l’arrière du scooter. Mais il requiert dix ans de prison contre Mohammed, huit ans contre Ilies. En défense, Me Guillaume Léguevaques, pour Ilies, et Me Anne Vidal, pour Mohammed, plaident la relaxe. Ils pointent « l’ADN mobile », « l’absence d’interception téléphonique » et « la parole donnée à un témoin dont la subjectivité interroge ».
Le tribunal n’a pas suivi. Il a condamné les deux hommes à huit ans de prison, considérant les faits « beaucoup trop graves » pour envisager une autre peine. Reste l’essentiel : un homme mutilé et des zones d’ombre intactes sur le pourquoi du tir.














