Il avait arrêté son traitement et remis le nez dans la cocaïne. Mauvaise idée quand on souffre de schizophrénie : hallucinations visuelles, auditives… Pour un motif futile, Liban, 30 ans, a sorti un couteau et a violemment attaqué son colocataire, à Toulouse. La peur de sa vie. L’histoire.
Il porte le prénom du pays des cèdres bleus. Liban est âgé de 30 ans. On vient de l’extraire de prison pour avoir sauvagement attaqué son colocataire, un mois plus tôt, à Toulouse.
Une plaie de 10 cm au crâne
Quand les policiers arrivent sur place, peu avant minuit, place des Pradettes, une mare d’hémoglobine nappe le sol de l’appartement. Les caméras sont hors service. Un couteau ensanglanté gît dans l’évier. Amir présente une fracture du nez et une plaie de 10 cm au sommet du crâne. « On vous a évacué aux urgences. Neuf points de suture, trois jours d’incapacité légale », résume la présidente du tribunal correctionnel.
Dans le box, Liban observe l’interprète traduire l’audience à sa victime qu’il a connue « dans la rue ». Depuis quinze jours, il hébergeait ce camarade d’infortune contre 150 euros. Ce soir-là, il a voulu s’emparer de sa trottinette pour la vendre à l’encan contre 50 euros. « Le prix d’un gramme de cocaïne », synthétise le procureur.
« Toxico sale merde »
C’est le gardien de l’immeuble qui est intervenu après avoir entendu hurler. « Couteau, la tête, la jambe », baragouine Amir, sec comme un coup de trique. Sans doute a-t-il échappé au pire. Car Liban est schizophrène. « Ça va mieux mais j’ai toujours des hallucinations. Quand il était chez moi, je ne prenais plus mon traitement », tente d’expliquer le prévenu, diagnostiqué en 2019. La consommation de coke a produit sur lui un cocktail explosif.
Enfant, Liban a grandi dans un environnement violent. Il a assisté à la grave agression dont a été victime son père et subi des atteintes sexuelles. Il a cru entendre « toxico sale merde » et a dégoupillé. « Je sais pas trop quoi dire. Je reconnais les violences ». L’expert psychiatre relève une abolition de son discernement. Irresponsable pénal.
« Digne d’un film d’horreur »
La marge du tribunal est nulle, ou presque. « J’ai failli y passer ce jour-là, m’a dit mon client », relève Me Jocelyn Momasso-Momasso, en partie civile. « Il souffre de pathologie mentale et sortait de l’hôpital Marchant. Cette explosion de violence est digne d’un film d’horreur », ajoute le procureur, se référant aux photos dans le dossier.
« Je le connais depuis qu’il est petit, observe Me Nolwenn Jaffre. C’est quelqu’un qui ne soutient pas le regard, de peur qu’on n’entre dans sa tête ». Une nouvelle hospitalisation d’office lui tend les bras.
Irresponsable pénal
S’il n’a pu que souscrire à l’abolition du discernement du prévenu, le tribunal l’a reconnu responsable de violences avec arme. Il a octroyé 1800 euros à la victime au titre du préjudice moral et des frais de justice. Liban est libéré de prison pour entrer en hôpital psychiatrique. Il a en outre l’interdiction d’entrer en contact avec son colocataire pendant deux ans et de détenir une arme pendant cinq ans.













