En confessant son implication dans la mort de son épouse, Cédric Jubillar met fin à cinq ans de déni et de mensonges. Il reconnaît qu’une violente dispute conjugale, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, a été fatale à Delphine Jubillar. Reste à déterminer les circonstances exactes du passage à l’acte. Meurtre préparé, geste impulsif ? C’est sur le terrain de l’intention homicide et de l’éventuelle préméditation que devrait désormais se jouer la nouvelle bataille judiciaire.
Les aveux de Cédric Jubillar couchés dans deux courriers ne sont qu’une première étape. L’artisan plaquiste de 38 ans est désormais attendu sur le terrain des explications détaillées. Devant des enquêteurs, il devrait réitérer, sur procès-verbal, ses confidences révélées en exclusivité dans La Dépêche du Midi, lundi dernier.
C’est auprès de ses deux avocats pénalistes, Mes Guy et Pierre Debuisson, père et fils, que Cédric Jubillar a annoncé, contre toute attente, se mettre à la disposition de la justice pour retrouver le corps de son épouse, Delphine Jubillar, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, à Cagnac-les-Mines (Tarn). « Il reconnaît son implication dans la disparition de sa femme et tenait à libérer sa conscience », assurent ses deux conseils qui l’accompagnent depuis janvier 2026.
Aujourd’hui, ces aveux ouvrent une nouvelle séquence judiciaire : celle des circonstances exactes du passage à l’acte. A-t-il agi dans un accès de violence au cours d’une dispute conjugale qui a mal tourné ou avait-il préparé son geste ? C’est désormais sur le terrain de l’intention homicide et de l’éventuelle préméditation que devraient se concentrer les investigations.
En première instance, la préméditation (assassinat) n’a pas été retenue par les jurés tarnais qui l’ont condamné à 30 ans de réclusion. Il n’était d’ailleurs pas renvoyé pour ce chef. Les enquêteurs ont toujours considéré que ce mari retors avait déposé le corps de sa femme à un « endroit préalablement repéré », non loin de Cagnac-les-Mines. « À la ferme qui a brûlé ! », répondait, cyniquement, l’intéressé aux curieux, intrigués par la désinvolture de cet homme qui n’a jamais vraiment cherché sa femme.
« Pas assez stupide pour faire ce que je dis »
Lors de cette nuit fatale, l’usage de son téléphone n’est pas le même que les soirs précédents. Ses déclarations évoluent sur l’utilisation de son appareil et sur son extinction survenue plus tôt que d’habitude. Pour autant, ces indices n’ont pas permis d’objectiver la notion de préméditation du crime. Tout comme les menaces indirectes à sa femme, avant la disparition : « J’en ai marre, je vais la tuer, personne ne va la retrouver« , avait-il prévenu auprès de trois personnes, sa mère Nadine, une amie du couple et un copain qui l’aide à charger du bois dans sa maison. À cette époque, devant les juges, Cédric Jubillar répète : « Je ne suis pas assez stupide pour faire ce que je dis…«
Le 15 décembre 2020, Delphine Jubillar, infirmière de 33 ans, en passe de refaire sa vie avec un autre homme, finit sa soirée sur le canapé du salon.À 22 h 55, elle envoie un dernier message à son amant. Son fils, Louis, six ans, file se coucher. Jusqu’ici, Cédric Jubillar a toujours indiqué qu’à ce moment précis il se trouvait au lit, dans sa chambre. Il ne se serait réveillé qu’à 3 h 45 après les cris de sa fille Elyah, 18 mois, qui avait perdu sa sucette. C’est alors qu’il constate la disparition de son épouse. Discussion téléphonique surréaliste avec un opérateur de la gendarmerie, peu après 4 heures : « Allô, ma femme a disparu… » Le divorce ? « Ça se passait bien… » Puis des sanglots dans sa voix.
Le 9 février 2021, c’est avec le même aplomb qu’il joint son beau-père au téléphone, feignant l’étonnement lorsqu’il constate la réactivation du compte Facebook de son épouse. Opération technique menée en toute discrétion par les enquêteurs pour observer les réactions. Excité et surpris, il appelle sa femme : « Ça sonne, ça sonne, elle lit mes messages !«
Devant les juges d’instruction, son fils Louis affirme avoir été témoin d’une dispute, la nuit du 15 décembre. « Il s’est trompé de jour et de dispute, car il y en avait souvent« , rétorque son père.
« Tout s’est passé dans la maison »
Aujourd’hui, il reconnaît cette vive empoignade. Par ricochet, il accrédite aussi la version de son fils. Et donne à son récit toute la crédibilité que cet enfant était en droit d’attendre. Un enfant qui a manifesté beaucoup de colère à l’égard de son père, estimant « qu’il ne dit pas toute la vérité ». Ce soir-là, Cédric Jubillar s’est levé et a surpris son épouse sur son téléphone. La dispute éclate, « une énième », dit-il, fatale à Delphine. Les précisions, il les réserve à la justice. Mais ni ce qu’il a raconté à Marco, son voisin de cellule (notamment l’usage d’un couteau et d’une voiture blanche pour transporter le corps), ni à Jennifer, son ex-compagne, ne correspond au contenu de ses aveux. D’ailleurs, ces fameuses confidences avaient été aussitôt démenties.
Le scénario de l’accusation repose sur la thèse d’un étranglement sans jamais pouvoir la prouver. Faute de corps et de témoins. Une mort « sèche » qui reste la plus plausible, car aucune trace d’un crime de sang n’a été découverte dans cette maison.
Dans ses aveux, Cédric Jubillar explique ne pas avoir eu l’intention de tuer son épouse, tout en reconnaissant sa totale responsabilité dans sa mort. Dès lors, les avocats du peintre-plaquiste restent encore très prudents sur le scénario qui a conduit au drame. Selon le mari, tout s’est passé dans la maison. Ce qui confirme les conclusions du maître-chien. Un cadavre perd son odeur corporelle au bout d’une heure. La trace d’une fuite de l’infirmière n’a pas été détectée par le chien pisteur, au lendemain de la disparition. Un hic : les cris entendus dans la nuit par deux voisines. Un mystère qu’il faudra lever, car si Delphine Jubillar est morte dans la maison, d’où viennent ces « cris d’effroi et de peur mêlés à des aboiements de chiens », entendus vers 23 heures, et qui auraient duré plus de cinq minutes ?
Si Cédric Jubillar reconnaît avoir utilisé la voiture, il insiste sur un détail : « Je l’ai garée dans le même sens. » Quant à la localisation du corps, il se dit prêt à mener les gendarmes sur les lieux. En cas de découverte, des expertises seront réalisées sur des ossements. Pourra-t-on déterminer les causes de la mort ? Si oui, il faudra que ces conclusions corroborent les déclarations de Cédric Jubillar. Dans l’hypothèse où il est impossible de définir l’origine du décès de son épouse, la justice ne disposera que d’une version, celle du mari. Rétrospectivement, le comportement de Cédric Jubillar, clamant son innocence, apparaît aujourd’hui couvert d’un cynisme décomplexé. « Je n’ai rien fait à Delphine ! » répétait-il dans le bureau des juges d’instruction, comme dans son box. Il quitte aujourd’hui son costume de faux innocent, pour celui d’accusé assumant toute sa responsabilité.





















