Depuis le 11 avril dernier, Stéphanie Laurencé, 41 ans, mère élevant seule ses trois garçons de huit ans, cinq ans et vingt mois, vit sans voiture dans le quartier des Minimes, à Toulouse. Ce lundi-là, un commissaire de justice fait enlever son véhicule, immobilisé dans un garage fermé à clé, pour une dette de crédit à la consommation datant de 2006, qu’elle affirme n’avoir jamais contractée. Sans moyen de transport pour se rendre à son travail d’adjointe administrative ni pour accompagner son fils aîné à ses rendez-vous médicaux, elle craint de perdre son emploi et a lancé une cagnotte en ligne pour tenter de récupérer son véhicule avant qu’il ne soit vendu.
Un matin d’avril, Stéphanie Laurencé descend chercher sa voiture au sous-sol de sa résidence. Elle a disparu. « J’ai eu un coup de sang, j’ai eu peur, je me suis dit qu’on me l’avait volée », se souvient-elle. Sa voisine la met sur la piste : direction la boîte aux lettres. Stéphanie y découvre un avis daté de la veille, 16 h 45 : son véhicule, une Dacia Sandero Stepway achetée en 2023, vient d’être immobilisé et transporté dans un garage. Aucune sonnette, aucun passage en main propre : « J’étais chez moi ce jour-là », assure-t-elle. Au téléphone, une interlocutrice lui réclame 2 477 euros pour un crédit à la consommation souscrit, selon les documents qui lui ont été fournis ensuite, en 2006.

Une date qui ne colle pas, Stéphanie ne reconnaît pas cette dette. Selon elle, cette année-là, hébergée chez sa sœur, Stéphanie est étudiante à Paris, boursière, sans revenus suffisants pour emprunter. « Je ne vois pas quel crédit on aurait pu m’accorder », répète-t-elle. « Vous voulez que je vende un de mes organes pour payer ? », clame, exaspérée, Stéphanie à la gestionnaire du dossier entourant le prétendu crédit. Un jugement de 2010 existe pourtant, rendu par défaut : elle affirme n’en avoir jamais eu connaissance non plus. Elle a d’ailleurs déménagé plusieurs fois.
Une mère isolée déjà à bout de souffle
Sans voiture, le quotidien de Stéphanie et de ses trois fils vire au parcours d’obstacles. Adjointe administrative à 60 % de temps de travail hebdomadaire, payée 1 100 euros par mois, elle enchaîne les correspondances de métro pour déposer ses enfants avant d’arriver à l’heure au travail. Son aîné suit des séances d’orthophonie, d’orthoptie et de psychomotricité ; un bilan est en cours pour un possible trouble de l’attention. Son cadet vient d’être opéré des amygdales.
Séparée depuis un an d’un ex-compagnon qui serait, selon cette mère, au chômage et sujet à des addications, elle ne touche aucune pension alimentaire directe : le tribunal l’a fixée à 50 euros mensuels par enfant, mais, faute de paiement, c’est la CAF qui l’avance. Sans économies, non solvable pour un prêt, son contrat de travail renouvelable pourrait s’achever en septembre.
Le véhicule a disparu une seconde fois
Le dossier semblait ainsi suspendu : la loi accordant un mois pour contester une immobilisation. L’avocat de Stéphanie a déposé une requête devant le juge de l’exécution, dont l’audience est fixée à octobre 2026. Mais le 18 juin, la société mandatée a fait transporter le véhicule vers une entreprise spécialisée, qui le tient aussi à disposition pour des ventes aux enchères. Stéphanie et son avocat assurent ne pas avoir été informés de ce transfert par courrier. Stéphanie a finalement été prévenue par le garage le 1er juillet.
Les frais, eux, continuent de courir : 345 euros d’enlèvement, puis environ 25 euros par jour de gardiennage. Au 1er juillet, la facture atteint 1 314 euros, réclamés à la société de recouvrement mais toujours impayés par elle au garage. Stéphanie vient d’obtenir une aide juridictionnelle à 100 %. En attendant octobre, elle continue de rembourser le crédit de sa voiture, qu’elle ne peut plus conduire puisqu’elle ne l’a plus, et compte sur sa cagnotte pour la récupérer avant une éventuelle vente.












