Une enquête minutieuse de la brigade de recherches de Villefranche-de-Lauragais a permis de démanteler un réseau de livraison de drogue par drone à la prison de Seysses. Deux jeunes pilotes de 20 et 22 ans, qui survolaient l’établissement pénitentiaire pour y parachuter des colis de stupéfiants et de téléphones contre rémunération, ont été interpellés. Mais, contre toute attente, un vice de procédure soulevé par la défense a entraîné leur remise en liberté immédiate lors de leur comparution. Décryptage.
Menée par la compagnie de gendarmerie de Villefranche-de-Lauragais, une enquête de la brigade de recherches a permis l’interpellation de deux pilotes de drone soupçonnés d’avoir mis en place un réseau d’approvisionnement régulier à la prison de Seysses. Âgés de 20 et 22 ans, ils auraient généré des dizaines de milliers d’euros en trois mois grâce à leur mode opératoire. Mais une erreur de procédure du parquet de Toulouse, soulevée par Mes Éric Mouton et Ravyn Issa, a finalement permis leur remise en liberté ce jeudi 16 juillet 2026.
Des mortiers d’Auterive aux soupçons de survol
L’affaire trouve son origine le 21 février 2026. Ce jour-là, à Auterive, au sud de Toulouse, une patrouille de gendarmerie est prise pour cible par des individus armés de mortiers d’artifice. Quatre suspects sont identifiés, puis interpellés au cours du mois de mars. L’un d’eux est mis en examen pour ces violences.
Lors des perquisitions liées à ce dossier, les forces de l’ordre découvrent un drone dans le coffre d’un véhicule, ainsi que plusieurs indices intrigants. Les militaires acquièrent rapidement la conviction que ces jeunes effectuent des livraisons par voie aérienne.
Un trafic nocturne lucratif et mortel
Une seconde procédure est alors ouverte afin de matérialiser le trafic. Les surveillances physiques et techniques opérées sur l’un des suspects encore libres permettent de dessiner précisément les contours de l’organisation. Pour un tarif moyen de 400 € par survol, les deux complices auraient effectué près de 80 livraisons de stupéfiants et d’objets interdits commandés via les réseaux sociaux, entre janvier et mars 2026, au bénéfice de détenus de la maison d’arrêt. Les mis en cause se seraient postés à proximité de l’établissement pénitentiaire une dizaine de nuits durant cette période. Ces points d’envol hautement stratégiques font l’objet d’une lutte de territoire violente, qui a coûté la vie à un adolescent de 17 ans le 5 juin 2026.
Le coup de filet et le silence des suspects
Afin de couper court à cette logistique clandestine et d’enrayer l’escalade des tensions autour de la maison d’arrêt, les militaires ont procédé au coup de filet. Les gendarmes ont appréhendé le pilote présumé ainsi que son complice, qui se trouvait déjà derrière les barreaux dans le cadre de l’affaire des mortiers d’Auterive. Restés silencieux lors de leurs gardes à vue, les deux hommes ont été déférés devant le tribunal correctionnel de Toulouse en comparution immédiate dans l’espoir d’obtenir des explications sur le fond.
Le coup de théâtre de la relaxe technique
Les prévenus sont pourtant ressortis libres de l’audience ce jeudi 16 juillet au soir. Leurs avocats, Mes Ravyn Issa et Éric Mouton, ont soulevé une nullité de procédure déterminante durant les débats. Poursuivis pour des infractions liées aux vols de drones, leurs clients n’encouraient qu’une peine maximale d’un an de prison. Or, dans le cadre d’une enquête préliminaire, la procédure de comparution immédiate est légalement réservée aux délits punis d’au moins deux ans d’emprisonnement. Le choix de cette orientation par le parquet constituait donc une irrégularité majeure que le tribunal a sanctionnée. Le ministère public a indiqué qu’il ne formerait pas appel de cette décision de relaxe.
Si l’un des deux prévenus a pu regagner son domicile, le second demeure écroué en raison de sa mise en examen dans le dossier des violences d’Auterive.














