L’adoption de la nouvelle loi sur le droit à l’aide à mourir rappelle le rôle précurseur de l’Agenais Henri Caillavet. En 1978, l’ancien sénateur du Lot-et-Garonne avait été le premier parlementaire à porter cette question au débat public.
À Agen, son nom reste associé à un combat politique engagé il y a près d’un demi-siècle. En 1978, alors que la question de la fin de vie n’occupait encore qu’une place marginale dans le débat public, Henri Caillavet avait choisi de porter ce sujet devant le Parlement. Quarante-huit ans plus tard, l’adoption de la loi sur le droit de l’aide à mourir donne un nouvel éclairage à l’initiative de cet ancien sénateur du Lot-et-Garonne, décédé en 2013.
Ce 15 juillet 2026, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi relative à l’aide à mourir par 291 voix pour, 241 contre et 29 abstentions. Le dispositif, qui doit entrer en vigueur en janvier 2027, constitue l’aboutissement d’un long cheminement politique et sociétal autour de la question du choix en fin de vie.
Une réflexion dans laquelle Henri Caillavet occupait une place particulière. En avril 1978, l’élu agenais avait déposé au Sénat une proposition de loi « relative au droit de vivre sa mort ». À travers ce texte, il souhaitait notamment ouvrir une réflexion sur le refus de l’acharnement thérapeutique et sur la possibilité, pour un patient, de ne pas subir des traitements jugés disproportionnés.
Un parlementaire agenais précurseur sur les questions de liberté individuelle
Né à Agen en 1914, avocat de profession et figure du radicalisme de gauche, Henri Caillavet avait consacré une partie de son parcours politique aux questions liées aux libertés individuelles. Son engagement sur la fin de vie s’inscrivait dans cette volonté de placer la décision personnelle au cœur des choix médicaux.
À la fin des années 1970, ses prises de position apparaissaient particulièrement novatrices. Il interrogeait déjà les limites d’une médecine capable de prolonger l’existence mais pas toujours d’éviter la souffrance. Sa proposition de loi sera toutefois rejetée par le Sénat en 1980.
Le parlementaire lot-et-garonnais laissera néanmoins une formule devenue emblématique des débats sur la fin de vie : « Personne n’a le droit de confisquer ma mort ». Une phrase qui résumait sa conception d’un droit individuel face aux situations où la médecine ne pouvait plus apporter de guérison.
Son parcours a depuis été régulièrement cité par les défenseurs d’une évolution de la législation. Jonathan Denis, président national de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, a notamment évoqué la mémoire d’Henri Caillavet au moment du vote de la nouvelle loi, estimant que son initiative avait constitué l’un des premiers jalons de cette réflexion nationale.
En Lot-et-Garonne, la loi sur l’aide à mourir divise
Comme dans tous les territoires, dans le département d’origine d’Henri Caillavet, l’adoption du texte a également suscité des réactions contrastées. Le député agenais Michel Lauzzana, membre de la majorité présidentielle et médecin de formation, a voté en faveur de la réforme. Il défend un dispositif reposant, selon lui, sur un choix personnel encadré par la loi.
À l’inverse, les députées lot-et-garonnaises Hélène Laporte (Rassemblement national), qui estime que « face à la souffrance, la solidarité, le développement des soins palliatifs et l’accompagnement humain doivent primer sur toute autre réponse » et Emeline Rey-Rinchet (droite républicaine), pour qui « le texte reste trop permissif et trop prématuré » se sont prononcées contre le texte.
La loi adoptée fixe plusieurs conditions d’accès à l’aide à mourir. Elle prévoit notamment que le demandeur soit majeur, français ou résidant de manière stable et régulière en France, atteint d’une affection grave et incurable engageant son pronostic vital, confronté à des souffrances jugées insupportables et capable d’exprimer une volonté libre et éclairée.
À Agen, l’histoire de cette réforme nationale renvoie donc à un ancien sénateur local dont le combat avait précédé de plusieurs décennies les débats actuels. Les Archives départementales de Lot-et-Garonne lui consacrent d’ailleurs une exposition virtuelle, retraçant le parcours d’Henri Caillavet et son rôle dans l’histoire politique française.















