Dans les Aspres, près de quatre litres d’eau sur dix se perdent avant d’arriver au robinet des habitants. Face à un réseau vieillissant et à des enjeux sanitaires sur certaines canalisations, la communauté de communes des Pyrénées-Orientales devra engager un vaste chantier de rénovation pouvant atteindre 87 millions d’euros selon un rapport de la Chambre régionale des comptes Occitanie.
Dans les Aspres, l’eau potable est devenue un sujet stratégique. Alors que le territoire doit déjà composer avec une ressource plus fragile en raison des épisodes de sécheresse récurrents, l’état du réseau de distribution apparaît aujourd’hui comme un autre défi majeur. Selon le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) Occitanie, la communauté de communes des Aspres devra engager un vaste programme de rénovation de ses infrastructures dans les prochaines années.
Le constat dressé par les magistrats financiers concerne un réseau indispensable au quotidien des quelque 23 300 habitants des 19 communes du territoire. Depuis plusieurs années, l’intercommunalité a développé un système d’interconnexion entre ses différentes ressources afin de sécuriser l’approvisionnement en eau. Mais derrière cette organisation, un problème persiste : une partie importante de l’eau acheminée disparaît avant même d’arriver au robinet des usagers.
Avec un rendement évalué à 64%, le réseau des Aspres affiche des performances nettement inférieures à la moyenne nationale. Concrètement, près de 36% de l’eau produite est perdue, principalement à cause de fuites sur des canalisations anciennes. Une situation qui représente un enjeu d’autant plus important dans un département régulièrement confronté aux tensions sur la ressource en eau.
Des canalisations vieillissantes qui inquiètent
Au fil des années, le vieillissement des infrastructures est devenu l’un des principaux points de vigilance. Plus de la moitié des canalisations du réseau ont dépassé les 50 ans, nécessitant un renouvellement progressif mais conséquent. Pour améliorer durablement la performance du service, la Chambre régionale des comptes estime que les investissements nécessaires pourraient aller jusqu’à 87 millions d’euros, selon le rythme choisi pour remplacer les équipements les plus anciens.
Le président de la communauté de communes des Aspres, Stéphane Mestres, précise de son côté que « la structuration d’une programmation pluriannuelle d’investissement a été engagée » et qu’elle sera finalisée « au début de l’année 2027 ». L’élu souligne également que « près de 5 millions d’euros » ont déjà été mobilisés ces dernières années pour renouveler les infrastructures.
Au-delà des pertes d’eau, certaines installations posent également des questions liées à la qualité sanitaire. Dans les communes de Camélas et Tresserre, des canalisations en PVC installées avant 1980 sont concernées par la présence de chlorure de vinyle monomère (CVM), cancérigène. Ce composé, lié au vieillissement de certains matériaux, fait l’objet d’une vigilance particulière en raison de ses risques sanitaires.
Le réseau compte également encore 1 907 branchements en plomb recensés en 2024. Des dépassements des limites réglementaires ont notamment été relevés à Castelnou, Fourques et Trouillas. La Chambre estime que ces équipements doivent être remplacés rapidement afin de garantir le respect des normes en vigueur. Une opération déjà entamée, assure Stéphane Mestres : « L’intervention sur la commune de Trouillas a été réalisée. S’agissant des communes de Camélas et Tresserre, des investigations techniques ont permis d’identifier précisément les tronçons concernés. Des mesures provisoires ont d’ores et déjà été mises en œuvre afin de garantir la qualité de l’eau au robinet du consommateur, notamment par la mise en place de dispositifs de purge au plus près des abonnés. Les opérations de renouvellement correspondantes sont programmées et seront traitées prioritairement. »
Une facture d’eau qui augmente dans l’attente des investissements
Ces difficultés interviennent alors que le prix de l’eau payé par les habitants des Aspres se situe déjà au-dessus de la moyenne nationale. En 2025, le tarif intercommunal atteint 2,89 euros par mètre cube, contre 2,46 euros en moyenne en France. Depuis 2019, la hausse atteint 27%.
La Chambre régionale des comptes souligne également que l’exploitation du service reste déficitaire, y compris depuis le début de la nouvelle délégation confiée en 2023 à la société SAUR. Elle appelle donc la collectivité à renforcer le suivi de son délégataire afin de mieux mesurer les écarts entre les objectifs prévus et les résultats obtenus.
Pour les Aspres, l’enjeu sera désormais de transformer ces diagnostics en travaux concrets : préserver chaque ressource en eau, sécuriser la qualité distribuée et moderniser un réseau dont l’âge devient un facteur déterminant pour l’avenir du service public.













