Venir garder la maison de leur fils à Lège-Cap-Ferret devait être une parenthèse paisible pour Jean-Pierre et Marie-Thérèse. Surpris par les incendies, cette famille originaire de Colomiers a dû fuir dans la précipitation, laissant derrière elle souvenirs et incertitudes sur la maison qu’ils ont laissée derrière eux. Entre solidarité locale et nuits dans la voiture, ce couple de retraités raconte l’enfer de ces derniers jours.
S’ils étaient à Lège-Cap-Ferret pour s’occuper de la maison de leur fils, Jean-Pierre et Marie-Thérèse ne pensaient pas se retrouver au cœur de l’un des feux qui font depuis une semaine les unes de la France entière. Depuis trois ans, le couple de retraités a pris l’habitude de venir s’occuper de la maison de leur fils pendant que celui-ci part en vacances. « Nous avions nettoyé la terrasse, le barbecue et nous arrosions les plantes pour que tout soit nickel à son retour », explique Marie-Thérèse. Alors c’est paisiblement qu’ils profitent de la maison mardi soir dernier. « Il faisait très chaud et j’avais fermé toutes les fenêtres. » Ils ne se doutaient alors de rien quand, à 23 h 30, ils sont surpris d’entendre quelqu’un à leur porte : « le voisin nous demande de venir voir le ciel, il faut faire nos valises et que l’on parte. »
Un départ dans l’urgence face aux flammes
Le ciel rouge menaçant les alerte de suite : ils préparent leurs affaires, prennent le chien mais impossible de trouver le chat, ils n’ont pas le temps, à regret ils doivent le laisser là-bas. « Sur le moment on ne réfléchit pas. » Ils se rendent sur la place de la mairie où toute la solidarité est en train de se mettre en place. Mais quelque chose les tracasse, ils n’ont pas pu sortir la voiture de leur belle-fille du garage. Jean-Pierre part alors seul la récupérer, sur place impossible de la faire démarrer. « En fait dans la panique on devient un peu idiot. » Heureusement le même voisin qui les a prévenus plus tôt revient encore à son aide et il finit par la mettre en lieu sûr.
Deux nuits d’angoisse et de fumée
Pour passer la nuit, des lits pliants ont été installés dans les bâtiments de la ville, mais le couple préfère dormir dans sa voiture. « Impossible de dormir, depuis le pare-brise on voyait le ciel complètement rouge », décrit Marie-Thérèse. Après une nuit courte, le couple finit par réussir à prévenir leur fils, et espère pouvoir revenir dans la maison pour constater les dégâts. « Impossible de passer, nous avons attendu toute la matinée. » Ils décident alors de manger dans un petit restaurant, mais celui-ci doit également fermer, « il y avait des cendres qui tombaient de partout ».
Persuadés qu’ils allaient bientôt pouvoir rejoindre la maison, ils passent une deuxième nuit à Arès cette fois-ci. « C’est un ami de notre fils qui a accepté de nous héberger. » Pendant la nuit le feu s’approche, le ciel est noir et des morceaux de bois calciné tombent du ciel, dès le lendemain, la commune d’Arès est également évacuée. « Les voitures étaient toutes noires, et l’odeur était affreuse. » Ils se décident enfin à revenir chez eux à Colomiers. Ils le savent, ils sont chanceux de pouvoir retrouver leur maison. « Nous étions soulagés de ne plus avoir le ciel couleur feu. »
« On se sent coupable », le retour à la réalité
Une fois rentrés, ils se rendent compte de ce qu’ils viennent de vivre. « On se sent coupable de tout laisser, et de ne pas pouvoir donner d’autres nouvelles à notre fils. » Pour savoir comment va la maison, la famille ne peut que se référer aux images sur les médias nationaux. « Sur BFM ou TF1 on l’aperçoit en fond. Et elle semble debout pour l’instant. » Toujours dans l’incertitude, la mairie fournit une liste des maisons brûlées, et celle de leur fils n’aurait que la façade de touchée. Mais à côté, la maison du voisin qui les avait aidés plusieurs fois n’existe plus. Toujours ému, Jean-Pierre explique : « Il nous a vraiment aidés, et voilà. Rien que d’y penser ça me fait quelque chose. »











