À Labège, près de Toulouse, les gendarmes et l’inspection du travail ont reconstitué, ce mardi 18 août, la mort de l’intérimaire d’Alstom probablement percuté par un engin sur le chantier de la ligne C du métro, porté par Tisséo. L’enquête pour homicide involontaire vise à déterminer les circonstances du drame, les enquêteurs prennent « au sérieux » la possibilité que la scène du délit ait pu être modifiée. Les premières informations avaient fait état d’un simple malaise de la victime.
Que s’est-il réellement passé le lundi 3 août sur le viaduc de la ligne C du métro, entre les futures stations Labège Gare et Diagora ? Seulement quinze jours après la mort d’un ouvrier de 48 ans, les enquêteurs ont organisé une forme de reconstitution sur les lieux du drame, ce mardi 18 août. En jargon judiciaire, cela s’appelle « un transport sur les lieux ». La version avancée par les responsables du chantier n’a-t-elle pas convaincu la justice ? Cet acte d’enquête intervient après un retournement majeur dans les investigations.
En effet, le 3 août, les premières informations communiquées faisaient état d’un simple malaise lors d’une opération de manutention. Malgré l’intervention des secours, l’homme n’avait pas pu être ranimé. Mais comme La Dépêche le révélait le 14 août 2026, l’enquête est désormais ouverte pour « homicide involontaire dans le cadre du travail ». L’autopsie a en effet révélé que la mort de l’intérimaire, qui effectuait sa première journée de travail, était compatible avec « un syndrome d’écrasement ». Selon une source proche du dossier, les gendarmes prennent « très au sérieux » la possibilité d’une modification de la scène de délit. Le corps d’Emmanuel V. a-t-il été déplacé pour faire croire à une mort naturelle ? Alstom, prestataire de Tisséo sur ce chantier, n’a pas souhaité réagir ce mardi : « L’enquête étant toujours en cours, nous ne ferons aucun commentaire pour le moment. »

Un engin de chantier aurait heurté l’intérimaire
En tout cas, ce mardi, les opérations ont commencé vers 9 h 20, à proximité de la station Labège Gare. Un véhicule de la gendarmerie était stationné devant l’accès au chantier depuis 9 heures. Plusieurs enquêteurs de la brigade de recherches de la compagnie de gendarmerie de Villefranche-de-Lauragais étaient présents sur le viaduc, ainsi que leur hiérarchie et l’inspection du travail, conjointement saisie des investigations. Étaient également présents un responsable du chantier et un salarié capable de manipuler un engin de levage.
Car c’est bien cet engin qui aurait heurté mortellement la victime, Emmanuel V., sur le haut du corps. Les enquêteurs ont donc cherché à reproduire une opération de manutention ainsi que les mouvements effectués au moment du drame. Contacté, le procureur de la République de Toulouse, David Charmatz, confirme : « Ce n’est pas du tout un malaise qui a provoqué la mort, le fonctionnement de l’engin de levage, conduit par un tiers, paraît être à l’origine du drame ». Le premier volet de cette mise en situation s’est achevé vers 10 heures. Les participants ont alors quitté cette partie du viaduc, située au niveau de la troisième pile en partant de Labège Gare. Plusieurs véhicules de l’entreprise Alstom, groupe chargé du matériel roulant et du système automatique de la ligne C, ont également effectué des allers-retours, entrant et sortant de l’emprise du chantier au cours de la matinée.

Un drone a aussi effectué plusieurs passages au-dessus de la zone concernée. L’appareil a réalisé des prises de vue et des allers-retours autour de la pile du viaduc. Ces images pourraient permettre aux enquêteurs de photographier, filmer ou cartographier avec précision la scène afin de confronter les constatations aux déclarations des témoins.
« Toute la lumière sera faite sur cet accident »
Le maître d’ouvrage Tisséo assure que « la sécurité des compagnons est une priorité absolue » et renouvelle son soutien à la famille et aux proches de la victime. L’opérateur de transport affirme ne faire « aucune concession sur la sécurité des compagnons pour assurer la tenue du budget et des délais du projet ». Dès l’accident survenu, « Tisséo Ingénierie s’est mis à la disposition des enquêteurs et, dans le cadre de son rôle de maître d’ouvrage, a sollicité l’entreprise pour identifier les circonstances ».

À ce stade, aucune garde à vue ni aucune mise en examen n’a été prononcée. Pour David Charmatz, « toute la lumière sera faite sur cet accident. Sans difficulté. Et on verra s’il y a eu des modifications, l’enquête le dira. Car nous devons la vérité à la famille. »

















