En Ariège, le réseau d’eau potable du SMDEA nécessite d’importants travaux de rénovation. Face à des besoins estimés jusqu’à 1,19 milliard d’euros (sans compter l’entretien), le financement du chantier pourrait passer par une hausse du prix de l’eau. Selon la Chambre régionale des comptes, la facture des usagers pourrait ainsi fortement augmenter, voire doubler.
En Ariège, l’eau potable fera partie des dossiers majeurs de ces prochaines années. Après avoir examiné la gestion du Syndicat mixte départemental de l’eau et de l’assainissement (SMDEA), la Chambre régionale des comptes (CRC) Occitanie met en évidence l’ampleur des investissements à venir. Canalisations vieillissantes, fuites et ressources fragilisées… le syndicat doit composer avec des contraintes qui pourraient aussi avoir des conséquences sur la facture des habitants.
Un réseau immense à entretenir
Le SMDEA assure aujourd’hui la distribution d’eau potable dans 228 communes et alimente environ 121 000 personnes. Une mission particulièrement complexe dans un département marqué par le relief et un habitat très dispersé. Avec plus de 4 000 kilomètres de canalisations, le syndicat doit entretenir un patrimoine considérable, parfois difficile d’accès dans les secteurs montagneux.
À cette contrainte géographique s’ajoute l’évolution de la ressource. L’approvisionnement repose sur un grand nombre de captages, dont certains sont aujourd’hui soumis à des tensions, notamment lors des périodes de sécheresse. Les épisodes météorologiques intenses peuvent également affecter la qualité de l’eau et entraîner des restrictions ponctuelles.
Les analyses réalisées sur la période contrôlée montrent d’ailleurs une situation contrastée. La conformité physico-chimique atteint en moyenne 98%, mais les contrôles microbiologiques présentent un taux de conformité de seulement 91,5%. Plusieurs secteurs du département ont ainsi connu des difficultés plus marquées que d’autres, comme le souligne la chambre régionale des comptes : « Ainsi, les unités territoriales de l’Arize-Lèze/Volvestre et de la Basse-Ariège présentent des taux de conformité très satisfaisants alors que les résultats enregistrés dans le Couserans et le Pays de Foix apparaissent plus dégradés. »Cette situation a d’ailleurs entraîné des restrictions de consommation, dont certaines persistent depuis plusieurs années. « En 2025, les interdictions de consommation permanente ont donné lieu à l’abandon de l’exploitation de quatre ressources, dans les communes du Bosc, de Roquefixade et Saurat », note la CRC.
Pour répondre à cette évolution, le SMDEA prévoit de renforcer la surveillance des ressources les plus vulnérables. Le syndicat souhaite également intégrer les projections climatiques à l’horizon 2050 dans la révision de ses schémas directeurs, afin d’anticiper les éventuelles tensions sur les captages. Mais avant même de penser aux ressources de demain, c’est une partie du réseau existant qu’il faut désormais remettre à niveau.
Des fuites qui alourdissent la facture
Le rendement du réseau constitue l’un des principaux points de vigilance soulevés par la Chambre. En 2024, il atteignait 65,7%. Une part importante de l’eau introduite dans les canalisations n’est donc jamais consommée par les abonnés. En cause ? Des fuites.
Ces pertes ont une double conséquence. Elles représentent d’abord un coût pour le service, puisque l’eau a été captée et traitée avant de disparaître. Elles constituent aussi un problème environnemental dans un contexte où certaines ressources sont déjà fragilisées.
Le vieillissement de certaines conduites ajoute une difficulté supplémentaire. La Chambres constate que le SMDEA ne dispose pas encore d’une connaissance suffisamment précise de l’ensemble de son patrimoine pour identifier toutes les canalisations susceptibles de présenter un risque, notamment celles contenant du plomb ou certains PVC anciens.
La Chambre estime ainsi que le remplacement des réseaux considérés comme obsolètes (eu égard à leur ancienneté) pourrait représenter « entre 802,5 millions et 1,19 milliard d’euros ». Une estimation que le SMDEA invite toutefois à considérer avec prudence, certaines portions du réseau étant mal documentées. Christine Téqui rappelle ainsi que « l’état d’un réseau ne dépend pas que de son ancienneté ».
À ce chantier de remise à niveau s’ajouterait ensuite un besoin annuel compris entre 8 et 30 millions d’euros pour maintenir durablement les infrastructures en état. Une perspective qui pose immédiatement la question du financement. Selon la CRC, celui-ci passerait inévitablement par « le recours à l’emprunt et l’augmentation du prix de l’eau ».
Le prix de l’eau au cœur des interrogations
Le SMDEA a déjà augmenté ses tarifs au cours des dernières années. Entre 2019 et 2026, le prix de l’eau a progressé de 24,8%. Dans le même temps, les habitudes de consommation ont évolué : le volume moyen utilisé par abonné est passé d’environ 94 m³ à moins de 79 m³ par an entre 2019 et 2024.
Cette baisse de la consommation réduit les recettes du syndicat alors que l’entretien du réseau reste nécessaire. La Chambre estime donc qu’un effort financier supplémentaire serait difficilement évitable pour atteindre les objectifs de renouvellement envisagés.
Ses simulations donnent une idée de ce que pourrait représenter cette évolution. Pour renouveler 1% du réseau chaque année, le tarif passerait à 2,77 euros HT par mètre cube, contre 2,21 euros en 2026. Avec un rythme plu soutenu, visant 2,5% du réseau par an, le prix atteindrait 4,63 euros HT, soit une hausse pouvant quasiment doubler la facture dans le scénario étudié.
De telles augmentations auraient donc un réel impact sur les ménages. La Chambre souligne que le financement des infrastructures ne peut être dissocié de la capacité des habitants à payer leur facture d’eau et évoque la possibilité d’une tarification sociale différenciée, basée sur les revenus.
Le débat est donc désormais posé : comment moderniser un réseau indispensable tout en préservant l’accès à l’eau potable à un coût supportable ? Pour le SMDEA, la réponse devra aussi tenir compte de l’évolution des ressources et des effets attendus du changement climatique dans les prochaines décennies.














