Retour en classe en mode dégradé dans l’Académie de Toulouse, durement touchée, au cœur de l’été, par une cyberattaque d’ampleur. Le secrétaire académique du Syndicat national des Personnels de direction de l’Education nationale craint que les bugs ne durent longtemps.
L’Etat doit engager des moyens pour « sécuriser les données » de l’Education nationale, c’est le message que fait passer ce mercredi matin Yvon Manac’h, secrétaire académique du Syndicat national des Personnels de direction de l’Education nationale à Toulouse. Il est l’invité d’ICI Occitanie pour nous raconter la rentrée au lycée. Il est également proviseur au Lycée général Clémence Royer à Fonsorbes.
ICI Occitanie : Une parti**e des logiciels de l’Education nationale sont à l’arrêt******. Il a fallu distribuer des emplois du temps sous forme papier, un bond dans le passé ?
Yvon Manac’h : Oui et toutes les applications sont inaccessibles, on a donc dû s’adapter dans chaque établissement, on a imprimé les emplois du temps imprimés à l’ancienne.
Cela pose un vrai problème ?
Cela a nécessité une véritable mobilisation pour organiser cette rentrée depuis le 19 août. Nous ne pouvons plus communiquer via les messageries professionnelles. Ni avec le rectorat, ni avec les parents d’élèves, ni avec les professeurs. Le rectorat, les directions académiques ont donc trouvé des solutions pour que la rentrée se déroule bien mais on prend du retard.
Je vais vous donner un exemple très concret : on n’a pas accès aux listes de classes de nos élèves donc ce qu’on a dû faire dans mon établissement, et d’autres collègues ont fait la même chose, c’est qu’on a repris les listes imprimées, qui étaient des listes provisoires avant de partir en vacances fin juillet, on a dû les scanner, reprendre un logiciel PDF pour refaire manuellement l’actualisation des classes. Mais ce travail qu’on fait actuellement, c’est un travail papier. Il faut qu’on garde trace de toutes les modifications que l’on fait pour pouvoir ensuite, lorsqu’on retrouvera les applications, récupérer les données.
Les parents d’élèves n’ont pas accès à ce qui se passe vraiment dans la journée pour leurs enfants ?
La seule chose qu’on a pu faire c’est leur donner accès à la première page de l’espace numérique de travail pour qu’ils suivent le déroulé de la rentrée, sinon on ne peut pas communiquer avec eux. On est en mode dégradé en terme de communication. On a réussi à remettre en place des réseaux en interne pour travaille avec les équipes pédagogiques, via l’application Pronote, c’est tout.
Le recteur promet un retour à la normale la semaine prochaine, vous y croyez ?
On l’espère tous. On espère retrouver une partie des applications mais je crains que cela prenne beaucoup plus de temps que cela.
Vous êtes sûrs, dans ces conditions, qu’il n’y a pas un élève dans la nature, qui ne s’est pas présenté en classe ?
Chaque année, il y a un nombre de places insuffisant dans la voie professionnelle, donc il y a des élèves durant l’été qui n’ont pas d’affectation mais il y a un tour supplémentaire en septembre et là cela va prendre davantage de temps à recenser.
L’an dernier, il y a eu la canicule en fin d’année, les conditions pour étudier n’ont pas été trop dures ?
Cela a été très difficile, je l’ai dit au recteur lors de sa réunion de rentrée, la semaine dernière. Cela a été épuisant pour les personnels, mais on tient le coup, il faut simplement que l’Etat prenne conscience qu’il faut engager des moyens pour sécuriser les données.
La grande nouveauté de la rentrée, c’est l’interdiction du téléphone portable au lycée. Comment ça va se passer concrètement dans votre rétablissement à Fonsorbes ?
Dans mon établissement, comme dans certains établissements, puisque vous savez que le texte a été publié durant l’été, on a un peu anticipé. Il y a un vrai sujet par rapport au téléphone portable qui pose problème d’équité, parce qu’il y a de plus en plus de triche, il faut le dire, lors des évaluations. La pression du baccalauréat, du classement sur Parcoursup font qu’il y a de plus en plus d’élèves qui font des tentatives de fraude. Donc on a travaillé sur une solution : on a acheté des boîtes et les élèves, depuis le mois de janvier, lorsqu’ils entrent en cours, déposent leurs téléphones dans une boîte, et à l’issue du cours le récupèrent.
C’est bien accueilli par les élèves ?
Absolument, ce qu’il faut par contre c’est qu’il ne faut pas l’imposer du jour au lendemain, il y a tout un travail de pédagogie à faire. On a travaillé en équipe avec le conseil pédagogique puis avec les élèves, on a écouté leurs remarques pour faire émerger des propositions. On a trouvé cette solution en modifiant le règlement intérieur qui a été validé par le conseil d’administration. Et en six mois, pour plus de 1.000 élèves, il y a eu deux situations seulement qui ont posé problème, ce sont deux élèves qui avaient deux téléphones portables. C’était une fraude et donc il y a eu une sanction.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555













