À Toulouse, la ville d’Alfred Nakache, la polémique déclenchée par l’eurodéputée LFI Manon Aubry sur le champion de natation déporté dans les camps de la mort ne passe pas. La nièce du nageur, Yvette Benayoun-Nakache, dénonce, comme son cousin Yonathan Arfi, le président national du CRIF, une « réécriture » de l’histoire.
« Il faut que cesse cette nauséabonde et indécente polémique déclenchée par la LFIste Manon Aubry. Que sait-elle de ce grand nageur du club des Dauphins du Toec et de ses autres grands champions tels Léon Marchand, les Boiteux, les Jany, les Vallerey, Alban Minville ? » À Toulouse aussi, la « ville de cœur » d’Alfred Nakache où il a vécu, la référence faite vendredi dernier par l’eurodéputée LFI au nageur rescapé des camps de la mort a choqué. Manon Aubry, lors d’un débat télévisé, a dit regretter la neutralité politique de Léon Marchand et a cité Alfred Nakache comme un contre-exemple, le décrivant comme « un nageur antifasciste qui s’est engagé dans la Résistance ».
L’invocation du champion olympique, dont la femme et la fille ont été gazées à Auschwitz, fait bondir par Yvette Benayoun-Nakache, l’ancienne députée toulousaine dont le père Prosper était le frère d’Alfred Nakache. Inlassablement, dans les établissements scolaires ou à l’occasion d’expositions, elle entretient la mémoire de cet oncle qui a survécu à la déportation et qui est redevenu, après la guerre, le grand champion qu’il était. Pour elle, comme pour sa famille, affirme-t-elle, le fait qu’une élue LFI « récupère » Alfred Nakache est déjà « insupportable ». « Qui lui a soufflé ce nom ? » s’interroge-t-elle au passage.
« Effacer la judéité »
Mais comme Yonathan Arfi, le président national du CRIF, dont la mère était une sœur d’Alfred Nakache, ou comme la comédienne Annabelle Nakache, elle aussi membre de la famille, qui, la première, a réagi vendredi, Yvette Benayoun-Nakache dénonce « une réécriture » de l’histoire. Pour Manon Aubry, Alfred Nakache est « un nageur antifasciste ». L’eurodéputée LFI ne fait aucune référence au fait qu’Alfred Nakache était juif, qu’il a été arrêté en tant que tel par la Gestapo, puis déporté en janvier 44.
Pour Yonathan Arfi, « effacer la judéité d’Alfred Nakache n’est pas un oubli, c’est une méthode : garder du juif persécuté ce qui sert le récit de LFI, taire ce qui dérange. » Pour lui, cette « manipulation » était déjà utilisée après-guerre par l’Union soviétique « qui réduisait les juifs exterminés par les nazis durant la Shoah à des antifascistes ». Et il ajoute : « Alfred Nakache était même sioniste ! Il a représenté la France aux Maccabiades de 1935 à Tel Aviv, les Jeux olympiques du monde juif, où il remporta une médaille d’argent. »













