Jean Tirole, prix Nobel d’économie 2014 et président honoraire de la TSE (Toulouse School of Economics) a coécrit avec Karine Van der Straeten » Economie du désordre mondial ». Il y insiste sur la nécessité de porter un projet collectif de croissance et d’investissements.
C’est un des Toulousains qui fait briller la ville rose en France et dans le monde. Jean Tirole, prix Nobel d’économie 2014 et président honoraire de la TSE (Toulouse School of Economics) a coécrit avec Karine Van der Straeten ( économiste et présidente de la fondation de cette même école TSE ) « Economie du désordre mondial ». Face aux inquiétudes quotidiennes sur le coût de la vie et le pouvoir d’achat, Jean Tirole y insiste sur la nécessité de dépasser les logiques de courte vue et la simple redistribution. « Si la productivité n’augmente pas, le pouvoir d’achat ne peut pas augmenter, ça peut augmenter pour certaines catégories par redistribution, et encore c’est dans le court terme, et si on ne créer pas de la croissance, on ne peut pas augmenter le pouvoir d’achat, fondamentalement. »
La faiblesse de l’Europe
L’Europe souffre d’un manque de poids stratégique face aux États-Unis et à la Chine, ce qui l’empêche de réguler efficacement les grands enjeux mondiaux tels que l’intelligence artificielle ou le climat. « Il faut réguler aussi, on le voit avec le climat, il faut diminuer les émissions de gaz à effet de serre et il faut aussi réguler l’IA demain. Mais le problème c’est qu’aujourd’hui nous ne sommes plus à la table des négociations, parce que nous sommes faibles en Europe par rapport à la Chine et aux Etats-Unis qui peuvent nous imposer leurs conditions. »
Bien que l’Occitanie et Toulouse regorgent de talents et de publications scientifiques de premier plan, ces ressources intellectuelles sont trop souvent sous-exploitées localement. Faute de ponts solides entre la recherche académique et l’industrie, les innovations tricolores profitent principalement aux puissances étrangères détaille Jean Tirole : « On a des talents mais on les utilise mal. C’est-à-dire qu’on voit par exemple les publications scientifiques qui donnent naissance aux nouveaux médicaments, aux nouvelles technologies , ces publications en fait sont utilisées en Chine et aux Etats-Unis et très peu en Europe. »
IA et bioéthique
Et la clé selon le Toulousain, c’est l’investissement : « On ne fait rien. On le voit très bien avec l’école et les classements Pisa. On le voit avec la dette qui est excessive bien sûr on le voit avec l’IA. On le voit avec les biothèques, nous sommes en retard dans beaucoup de choses, simplement parce que nous n’investissons pas. Donc il faudra en fait que nous soyons à la hauteur et que nous ayons un vrai projet qui ne soit pas simplement de redistribuer, ce qui peut être important, mais ce n’est pas le sujet aujourd’hui. » L’économiste qui poursuit sur la question de la redistribution : « On résonne en gâteau, en taille de gâteau fixe alors qu’en fait la taille du gâteau est totalement endogène ».
Réalité incontournable de la dette publique
Atteignant des sommets proches de 120 % du produit intérieur brut, la dette publique française représente selon lui un fardeau majeur qui pèse sur les budgets essentiels comme la santé et l’éducation : « C’est quand même une grosse dette qui grève nos budgets, y compris le budget de la santé, le budget de l’éducation, parce qu’il faut rembourser la dette, et il n’est pas question de ne pas la rembourser. » Car Jean Tirole prévient qu’un défaut de paiement mènerait inévitablement à une perte de confiance des marchés et à une cure d’austérité drastique. « Si on ne la paye pas, ce qui se passera tout simplement, c’est que les investisseurs étrangers qui nous font confiance ne nous prêteront plus, et qu’immédiatement, il faudra équilibrer notre budget avec une austérité beaucoup plus forte. »
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555













