Alain, 59 ans, a été condamné à neuf mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Toulouse pour avoir déclenché un incendie le 6 juillet à Layrac-sur-Tarn (Haute-Garonne), endommageant la propriété de ses voisins avec lesquels il était en conflit. Le tribunal a reconnu une altération du discernement mais lui interdit désormais de résider dans la commune. Les victimes recevront plus de 3 000 euros de dommages et intérêts. Histoire d’un délire paranoïaque ?
La mitoyenneté a ses limites. Nuisances sonores, olfactives, promiscuité… Vivre trop près de ses voisins rend certains mabouls. C’est un peu le cas d’Alain, 59 ans. Ce célibataire sans enfant occupe gracieusement la maison de ses défunts parents, à Layrac-sur-Tarn (Haute-Garonne). « En attendant que la succession soit réglée », relève le président du tribunal correctionnel de Toulouse.
« Vous vouliez brûler vos voisins ? »
Le 6 juillet, il a allumé un incendie qui a touché la façade du voisin, dégradant au passage deux tables de jardin et un vélo. L’épouse a perçu le danger à temps et Monsieur a joué les pompiers de service, tuyau d’arrosage en main. « Il n’y a pas eu de dégâts importants, mais le feu, c’est le feu : on voit où ça commence mais on ne sait pas comment ça finit », grimace le magistrat.
Dans le box, Alain mange ses mots en roulant son accent. Le Tarn, lui aussi, est voisin. « Il avait mis un grillage devant ma fenêtre. C’est interdit. C’est chez moi ». Le soupirail garni d’un grillage à poules envahit le grand écran. « Vous vouliez brûler vos voisins ? », s’alarme le président. « Non, je voulais enlever le grillage et fermer la fenêtre. J’ai utilisé un allume-feu pour barbecue ».
Le feu de la discorde couve depuis des mois
Entre les deux camps, le feu de la discorde couve en réalité depuis des mois. « Le maire fait état de ces mauvaises relations. Vous avez cogné au marteau contre leurs volets, une autre fois dégradé leur portail », résume le magistrat en compulsant ses notes. « Vous avez quoi contre eux ? ». Un silence pour réponse. Peut-être une histoire de « boîte à outils volée ». Rien de sûr.
Deux experts relèvent une « dépendance à l’alcool » chez Alain, et un « délire de persécution de type paranoïaque ». Le président tâte le terrain. « Vous avez envisagé de partir ? ». « Mais où ? Je veux rester à la maison ». Dialogue de sourds. « En réalité, c’est avec tous les voisins que ça se passe mal », soupire l’avocate du couple, Me Mylene Trolong. « Est-ce de l’inconscience ou a-t-il perdu pied avec la réalité ? Vous vous rendez compte si la bonbonne de gaz [du barbecue] avait explosé ? ».
« Quel était son état de conscience ? »
« Oui, il a un casier vierge et oui, il a été incarcéré. Pour ces faits, il encourt dix ans de prison, le maximum délictuel », martèle la procureure. Elle rappelle le contexte : la canicule, une végétation à l’agonie, une vague d’incendies qui touche l’Hexagone. « Le feu, ça échappe ». Surtout après avoir éclusé trois whisky et deux Ricard. Elle demande deux ans de prison dont un avec sursis probatoire.
« Il a attendu 60 ans pour démarrer une carrière de pyromane. Quel était son état de conscience au moment des faits ? Il met le feu au pied de sa propre fenêtre quitte à s’intoxiquer lui-même avec les fumées », s’alarme Me Arnaud Piquemal en défense, dépeignant avant tout une personne « malade ».
Il faudra déménager
Le tribunal a retenu l’altération du discernement. Ce qui ne l’a pas empêché de condamner Alain à neuf mois de prison ferme avec maintien en détention. Et autant de sursis probatoire à sa sortie. Interdiction d’entrer en contact avec les victimes qui obtiennent plus de 3 000 euros de dommages et intérêts.
Le tribunal l’interdit enfin de paraître à Layrac. « Il faudra fixer votre domicile ailleurs ». Les limites, toujours, de la mitoyenneté.














