Selon le dernier rapport annuel du “Réseau Ours brun”, 108 plantigrades minimum ont été identifiés dans les Pyrénées. Mais ils ne se répartissent pas de façon homogène sur le massif. Même, ils semblent bouder les Pyrénées-Orientales, département où aucun d’entre eux ne s’est installé. Rémy Arsento, chef du service départemental de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) nous explique pourquoi.
Rémy Arsento, un peu plus d’une centaine d’ours ont été recensés dans les Pyrénées. Comment sont-ils répartis sur le massif ?Aujourd’hui, nous avons identifié deux noyaux de population d’ours, qui sont actifs, qui se reproduisent. Le premier est basé sur le Sud-Centre et Sud-Ouest de l’Ariège, et le second à l’extrême Sud-Est des Pyrénées-Atlantiques. C’est à ces endroits que les réintroductions ont été réalisées.
Des ours ont-ils été repérés dans le département des Pyrénées-Orientales ?Nous avons observé, de manière ponctuelle, des indices d’ours dans ce département, mais quand nous récupérons de la génétique, sur des poils par exemple, on se rend compte qu’il s’agit toujours de jeunes mâles de 2 à 3 ans maximum. C’était le cas en 2021, en 2023, en 2024, puis plus rien en 2025. Et, depuis ce printemps 2026, de nouveaux indices sont réapparus. Et ce sont toujours de jeunes mâles, dont nous ne retrouvons plus la trace par la suite. Nous en déduisons qu’ils sont en exploration mais pas installés. Nous n’avons, à ce jour, observé aucune installation d’ours dans ce département.
Pourquoi les ours ne s’installent-ils pas dans les Pyrénées-Orientales ?Lorsque les jeunes s’émancipent de leur mère, à deux ans en général, les mâles et les femelles n’ont pas tout à fait le même comportement. Les jeunes mâles partent explorer des territoires. On retrouve d’ailleurs des indices de leur passage très loin de ces noyaux, de manière relativement temporaire. Alors que les jeunes femelles, elles, ont un comportement beaucoup plus sédentaire. Elles vont devoir s’écarter du territoire de leur mère, pour ne pas rentrer en concurrence, mais elles ne vont pas aller bien loin. Également, les ours vont avoir tendance à essayer de coloniser des territoires entre les deux noyaux cités précédemment. Ainsi, les animaux du noyau ariégeois vont plutôt explorer vers l’Ouest, et ceux du noyau basco-béarnais vers l’Est, vers les secteurs où ils repèrent la présence d’autres congénères, pour se reproduire. Donc, leur installation se fait plutôt sur l’extrême Sud de la Haute-Garonne et sur les Hautes-Pyrénées, plutôt que sur l’Est de l’Ariège, l’Aude et les Pyrénées-Orientales.
Juste de passage…
Vous expliquez les raisons de “l’installation” des ours dans des zones géographiques. De quoi parle-t-on exactement ?On peut parler d’installation lorsqu’un individu devient sédentaire, quand il a son territoire et qu’il y reste. On dit des mâles qu’ils sont installés, quand ils ne se promènent plus, qu’ils ne sont plus en phase d’exploration. Les femelles, elles, se sédentarisent plus rapidement.
Les ours ne s’installent donc pas dans les Pyrénées-Orientales, mais il semblerait qu’ils soient de plus en plus nombreux à explorer les montagnes du département…Le nombre d’ours dans les Pyrénées est en légère progression. Il n’est donc pas étonnant qu’ils explorent de nouveaux territoires. Et plus leur population va s’accroître, plus les individus vont chercher à explorer un peu plus loin. Parce que s’il n’y a pas d’installation dans les Pyrénées-Orientales, il y a quand même du passage. D’ailleurs, j’invite toute personne qui croit avoir vu un ours ou qui croit avoir trouvé un indice de présence de l’ours, à contacter le service départemental de l’OFP qui récoltera son témoignage. D’après les analyses génétiques réalisées sur les indices trouvés justement, ce ne sont jamais les mêmes jeunes mâles qui s’aventurent dans les Pyrénées-Orientales, ce qui permet d’affirmer qu’ils sont de plus en plus à pousser vers la Méditerranée… Mais ils n’y restent pas !
Pas d’incitation, juste de l’observation
Est-ce un échec pour l’Office Français de la Biodiversité ?Non, pas du tout. Pour les conditions que j’ai expliquées, la colonisation se fait plutôt des noyaux actuels vers l’intérieur, en interconnexion, que vers les périphéries extérieures de ces noyaux. Il n’y a pas de dimension de réussite ou d’échec. Simplement, nous observons leur comportement et la manière dont, de façon naturelle, les ours évoluent dans les Pyrénées. C’est cela notre mission.
Il n’y a donc pas de volonté d’inciter les ours à se déplacer plus que ce qu’ils ne font naturellement, notamment vers les Pyrénées-Orientales ?Non. Le travail de l’OFP est de suivre la population d’ours, de pouvoir rapporter de la dynamique et de la conservation de l’espèce à l’État et à l’Europe, puisque c’est une espèce protégée, et d’assurer les constats de dommages sur la faune domestique, et éventuellement d’apporter son soutien au préfet coordonnateur sur les actions de protection des troupeaux nécessaires. Mais, nous ne sommes ni pro ni anti ours. L’essentiel de notre travail est de réaliser le monitoring de la population et de la problématique de la cohabitation avec les troupeaux domestiques.





















