Dans l’Aude, les pépiniéristes constatent déjà les effets d’un climat plus chaud et plus sec sur certaines essences. Une évolution qui pourrait préfigurer ce qui attend la Haute-Garonne, selon Olivier Baron, directeur des pépinières départementales de l’Aude, venu il y a quelques semaines partager son expérience et ses conseils avec la municipalité toulousaine.
Comment avez-vous vécu l’été dans vos pépinières ?
Cela fait trois ans qu’on fait face à des températures de plus en plus élevées et à un manque d’eau persistant, sauf cet hiver où nous avons eu beaucoup de précipitations. Jusqu’à présent, on constatait des arbres qui mouraient par-ci, par-là, mais cette année, c’est massif. Les frênes, même méditerranéens, le peuplier, le robinier… Beaucoup d’essences dépérissent. Et ce ne sont pas des arbres brûlés par des feux, mais des arbres asséchés par une chaleur incroyable. Ce basculement, on l’observe vraiment maintenant.
C’est donc un phénomène nouveau et massif ?
Oui, il y a une accélération. C’est toute une gamme d’essences qui étaient autrefois cultivées ici dans l’Aude ou qui poussaient spontanément : amandiers, haies de leylandii, laurier-cerise… qui résistent de plus en plus difficilement. Même les amandiers sauvages des coteaux s’assèchent. On ne parle pas d’irrigation, là, mais de plantes spontanées qui meurent faute de résistance au stress hydrique. Ce qu’on vit dans l’Aude pourrait tout à fait se produire ailleurs, en Haute-Garonne notamment.
La Haute-Garonne, mais aussi tout le Sud-Ouest pourraient être impactés ?
Oui, ces épisodes touchent progressivement des territoires où l’on pensait être à l’abri. La crise frappe de plus en plus à l’intérieur des terres. Et ce phénomène touche aussi des essences dites méditerranéennes : même elles ne sont pas épargnées sur des sols pauvres et secs.
Quels impacts sur la gestion des pépinières ?
Il faut tout repenser ! Jusqu’ici, le credo, c’était de produire des arbres déjà grands, prêts à planter sur l’espace public. Mais ces grands arbres sont très fragiles : il faut les arroser trois ans minimum et ils n’ont pas le temps de s’adapter. Aujourd’hui, je recommande de revenir à de jeunes plants, d’un ou deux ans, bien enracinés, qu’on plante sans arrosage, même en zone méditerranéenne. C’est moins spectaculaire au départ, mais cela garantit une meilleure adaptation et une plus grande résilience sur le long terme.
Faut-il renouveler toutes les essences ? Quelles solutions privilégier ?
Deux tendances se dessinent. Soit on persiste à sélectionner du végétal local, en se disant que la génétique locale est la mieux adaptée. Mais ce que je vois, c’est que même les plantes spontanées meurent. Donc je ne crois plus à 100 % à ce label. L’autre solution, c’est la migration assistée : on va chercher des essences venues de climats plus chauds et secs, allochtones mais pas invasives. On teste beaucoup, notamment des pistachiers de Chine. Ce sont des arbres qui tiennent le choc : de moins 20 à plus de 50 °C, sécheresse, aucun souci. C’est également le cas d’autres pistachiers, marocains ou atlantiques, bien plus résistants que tout ce qu’on plantait avant.
Les pépiniéristes modifient aussi leurs méthodes ?
Oui, il y a toute une réflexion sur l’irrigation : soit on investit dans de nouveaux systèmes ultra-efficaces, soit on cultive des jeunes plants rapidement adaptés. L’espace public doit s’y mettre : arrêter de vouloir du « prêt à planter » et accepter de miser sur la petite taille, pour gagner sur la durée.
Pour les collectivités, que conseillez-vous ?
Privilégier des arbres d’avenir, comme le pistachier de Chine, robustes et résilients. Adapter les pratiques : repenser toute la palette végétale, travailler sur le système racinaire, accepter de revenir à des plantations moins « spectaculaires » au début, mais bien plus fiables. On accompagne les communes dans ce sens, c’est essentiel au vu de la rapidité du changement.
Le plus difficile, finalement ?
C’est de voir tous ces acquis remis en cause, de constater que ce qu’on croyait adapté ne tient plus. Il faut se remettre en question, tester, accompagner et trouver de nouvelles solutions chaque année, sinon toute la filière risque de s’écrouler.













