La Chambre régionale des comptes Occitanie pointe les difficultés financières et de gestion, ainsi que de graves manquements de la direction de trois associations Soliha. Deux ont d’ailleurs été liquidées en juillet 2026.
Soliha (Solidaires pour l’Habitat) Haute-Garonne a été placée en liquidation judiciaire le 10 juillet 2026. Quelques mois plus tôt, en novembre 2025, l’association, œuvrant dans le maintien et l’accès dans l’habitat des personnes défavorisées, fragiles et vulnérables, avait été placée en redressement judiciaire. Au moment de cette première procédure, elle affichait notamment « 1,36 million d’euros de dettes envers des fournisseurs et des propriétaires bailleurs, ainsi que 2,31 millions d’euros de dettes sociales ». La Chambre régionale des comptes (CRC) Occitanie revient sur cette situation dans un contrôle consacré à trois associations Soliha de la région, appartenant à un même groupement d’intérêt économique (GIE).
La structure haut-garonnaise n’est pas la seule à connaître des difficultés. Soliha Méditerranée a été placée en liquidation judiciaire le 9 juillet 2026, après avoir enregistré un déficit de 681 000 euros en 2024. Dans le Tarn-et-Garonne, la situation apparaît moins dégradée, même si l’association vient tout juste de sortir d’une procédure de redressement. La CRC relève par ailleurs que les trois organismes tirent une part importante de leurs ressources de financements publics, sous forme de subventions ou de prestations réalisées pour des collectivités et services publics.
Des difficultés qui touchent les missions
La dégradation des comptes s’est accompagnée de problèmes dans le fonctionnement de plusieurs dispositifs. À Narbonne, le centre d’accueil des demandeurs d’asile a été placé sous administration provisoire par l’État en février 2026, pour une période de six mois « en raison de défaillances significatives », précise le contrôleur financier. En Haute-Garonne, le “sas régional d’accueil temporaire”, destiné à héberger pendant trois semaines des personnes exilées sans logement, connaît également « des difficultés à respecter ses obligations ».
La chambre relève en parallèle « des retards dans le reversement de fonds destinés aux bénéficiaires ainsi que des impayés auprès de bailleurs sociaux et privés ». Ces problèmes ont eu des répercussions sur les relations avec les partenaires. Plusieurs bailleurs ont cessé leur collaboration avec Soliha Haute-Garonne et Soliha Méditerranée depuis 2025, tandis que des collectivités ont résilié certains marchés. Pour Soliha Méditerranée, l’État a par ailleurs engagé une procédure portant sur son agrément pour l’intermédiation locative et la gestion locative sociale.
Une organisation commune « défaillante »
Le contrôle de la CRC porte également sur le rapprochement opéré entre les trois associations. Si chacune conserve son existence juridique, leurs fonctionnements ont progressivement été mutualisés. Une direction générale commune a notamment été mise en place et le GIE Garonne Méditerranée a vu le jour en 2023.
Cette réorganisation s’est accompagnée d’une forte hausse de la masse salariale. Celle-ci est passée de 4,35 millions d’euros en 2020 à 6,75 millions en 2025. Dans le même temps, des cadres ont été recrutés et les rémunérations de l’encadrement ont augmenté, alors que des licenciements économiques touchaient certaines fonctions opérationnelles.
La chambre pointe enfin des faiblesses dans le suivi financier et le fonctionnement des instances dirigeantes. Des écritures réalisées sans mouvements d’argent entre les trois associations rendent notamment plus difficile la lecture de leurs comptes. La CRC estime que ceux-ci « ne permettent pas de connaître pleinement la situation réelle des associations ».
Le rapport examine enfin plusieurs décisions prises par le directeur général commun aux trois structures, notamment l’évolution de ses rémunérations, «de 54% entre 2021 et 2023 », certaines dépenses réalisées avec les moyens de Soliha Méditerranée sans lien avec l’association, ainsi que des recrutements et prestations confiés à des personnes de son entourage proche. La chambre relève notamment, pour certaines prestations, qu’elles ont été réalisées « sans que ces prestations ne s’accompagnent d’un cadre d’intervention formalisé ».




















