Journaliste devenue assistante maternelle, Magali Vogel livre 15 témoignages saisissants sur la face cachée d’un métier essentiel, miné par le manque de reconnaissance, la solitude et des conditions de travail éprouvantes. Dans son livre « Les Invisibles du berceau », publié aux éditions Le Lys Bleu, elle donne la parole à ces professionnels trop souvent oubliés.
15 portraits. 15 chapitres secs, directs, comme un uppercut en pleine mâchoire. Journaliste, Magali Vogel a un jour — quand son fils a eu besoin d’elle — décidé de s’occuper des enfants, son autre passion. Finies les réunions de rédaction et les marronniers, bonjour les petits, les activités, l’éveil. Las. Très vite, Magali déchante. L’envers du décor se révèle impitoyable.
« On se prend de la négativité plein la tête »
« J’ai su très vite que j’allais écrire ce livre, confie-t-elle. Première réunion d’information, premier choc. Je demande mon agrément — on me souffle que c’est ‘à la tête du client’. Je prépare ma maison, on vient me voir, sans visiter la maison entière : ‘Je vous fais confiance’, me dit-on. Tu ne dois pas me faire confiance ! Je suis mère de deux enfants, je ne veux pas qu’on me ‘fasse confiance’ aussi facilement ! Une formation : tout de suite, on parle du handicap ! Deuxième choc. J’ai mille questions, elles restent sans réponse. Qu’est-ce qu’une assistante maternelle ? J’enregistre tout au dictaphone, pas le temps d’écrire, tout va super vite, c’est anxiogène, on nous parle des parents — nos employeurs — pas commodes. On se prend de la négativité plein la tête… »
Cinq mois plus tard, Magali jette l’éponge et décide de lever le voile sur cette profession aussi essentielle que méconnue. Les dysfonctionnements l’épuisent : pauvreté de la formation, absence de reconnaissance, responsabilités écrasantes… De la PMI à l’État, tout le monde semble se ficher des « ass mat’ », de leur souffrance, de leur fatigue, de leur solitude – un mot qui reviendra souvent dans les récits poignants qu’elle recueille.
Un constat terrible
Les quinze femmes et hommes interrogés racontent leur détresse. Les anecdotes, nombreuses, sont édifiantes. Des parents qui décident de vous virer parce que vous avez pris une journée pour vous soigner, d’autres qui entrent sans crier gare alors que vous êtes aux toilettes, porte ouverte pour garder un œil sur les bambins. Des maisons que l’on met aux normes pour 10 000 euros, pour un salaire de 3,28 euros brut qui « ne tombe pas avec régularité à la fin du mois ».
Le constat est terrible. Chaque année, les effectifs perdent 4 % de professionnels. Les renouvellements d’agrément se font tous les cinq ans et la PMI ne se déplace que pour des problèmes. Heureusement, les vocations ont parfois raison de tous ces obstacles dressés devant ces hommes et ces femmes passionnés par leur métier, auxquels nous confions ce que nous avons de plus précieux.
La reconnaissance s’impose, peut-être viendra-t-elle, en partie, grâce à ce livre important de Magali Vogel.













