Atteindre l’âge de 26 ans est censé ouvrir de nouvelles perspectives. Mais pour Damien Laloue, étudiant toulousain en audiovisuel, le fantôme de cet anniversaire a brutalement stoppé sa formation. Passé ce cap, l’entreprise qui le recrute en alternance devrait le rémunérer à hauteur de 100 % du Smic, au lieu des 53 % à 25 ans. Il s’est heurté au refus des entreprises, qui ne peuvent pas forcément assumer ce surcoût financier. Forcé d’abandonner ses études aux portes du diplôme, son cas met en lumière l’impasse administrative et budgétaire qui touche de nombreux apprentis plus âgés. Il témoigne d’une « règle injuste », qui le met en difficulté financière. On vous explique.
À quelques mois de concrétiser son projet professionnel, Damien Laloue voit ses ambitions brutalement freinées. Étudiant en audiovisuel à Toulouse, ce jeune homme de 25 ans est confronté à un obstacle administratif majeur : la grille de rémunération de l’alternance. En atteignant ses 26 ans au mois d’avril, son salaire légal passera de 53 % à 100 % du Smic, un surcoût que les entreprises hésitent à assumer.
Un parcours semé d’embûches
Pour Damien, cette situation est d’autant plus frustrante que son parcours a déjà subi les contrecoups de dysfonctionnements indépendants de sa volonté. Victime des errements de l’administration, il a perdu deux années d’études.
C’est dans l’audiovisuel, une passion pratiquée depuis le collège, qu’il décide de se réorienter après ces déconvenues. Après deux années réussies au sein d’une école privée toulousaine, la recherche d’une alternance pour sa troisième et dernière année de bachelor tourne à l’impasse.
« Ça s’est joué à pas grand-chose »
Le problème ne vient ni de son talent ni de sa motivation. « Les entreprises sont freinées parce que ce n’est pas ce qu’elles ont prévu dans leur budget », explique le jeune homme. « C’est compréhensible. » Il confie avoir eu conscience, en s’engageant dans cette recherche depuis mars dernier, que son âge risquait de poser problème. « Mais je me disais que je finirais par trouver, surtout dans des grandes entreprises pour lesquelles ce serait plus facile », hypothèse l’étudiant toulousain.
Malgré ses candidatures et entretiens, le couperet financier, imposé par la législation, finit toujours par tomber. « Ça s’est joué à pas grand-chose », assume cet employeur, qui a recruté quelqu’un de plus jeune. « C’est l’aspect financier qui a pesé dans la balance. » « J’aurais dû être payé 53 % du Smic pendant six mois, puis passer à 100 % les six mois suivant mon anniversaire », peste le désormais ancien étudiant.
Sans pouvoir assumer lui-même les frais de scolarité, Damien a dû abandonner sa troisième année, à quelques mois du diplôme.
Un âge moyen qui interroge
D’après les dernières données disponibles, l’âge moyen des apprentis est de 20,5 ans en 2024, une statistique stable ces dernières années. « Les bénéficiaires de 26 ans ou plus progressent nettement en 2024 », avec 15 % de plus en un an, affirme la Dares, un service statistique ministériel. Cette tranche d’âge ne représente cependant que 8 % des contrats débutés.
Aujourd’hui, Damien Laloue recherche un job alimentaire, pour rembourser son prêt étudiant. « C’est stressant, glisse-t-il. Et c’est très frustrant. » Il dénonce une « règle injuste », qui accentue les difficultés d’insertion, et appelle à une harmonisation des rémunérations pour les alternants.
« Je me retrouve dans une situation paradoxale : je ne suis plus étudiant contre mon souhait, parce que mon âge rend mon recrutement plus difficile. Et je n’ai pas les moyens de poursuivre ma formation sans alternance. » Il se questionne : « Au-delà de mon cas personnel, je pense que cette situation pose une question plus large sur l’accès aux études, le coût des formations, la précarité étudiante et la manière dont l’âge peut influencer l’accès à l’alternance. »
Loin d’abandonner, le Toulousain cherche de nouvelles options, espérant décrocher un job rapidement, un contrat d’alternance d’ici la rentrée prochaine ou tenter les concours d’une licence publique.














