Valeur marchande : 2 millions d’euros. À l’instar des centaines de kilos de drogue saisis chaque année en Haute-Garonne, les 40 kg de cocaïne récemment interceptés par la BRI, au péage de Toulouse-Sud, vont flamber en un immense feu de joie dont se repaît l’incinérateur de déchets ménagers. Comment la drogue est-elle stockée et protégée ? Qui décide de sa destruction ? Au bout de combien de temps ? Éléments de réponse sur un sujet éminemment sensible, au vu des (colossales) sommes en jeu.
Son visage s’est figé en un rictus où perçait l’effarement. Un sourire ironique s’est formé à ses lèvres. Sollicité il y a plusieurs années de cela pour détailler le parcours de destruction de la drogue saisie lors des opérations de police ou de gendarmerie en Haute-Garonne, cet ancien haut fonctionnaire judiciaire de Toulouse n’avait alors pas nimbé sa réponse de précautions oratoires : « Hors de question ».
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« La drogue, ça ne se recycle pas comme un avoir criminel ! »
Peur que la médiatisation d’une étape clé de la lutte contre le trafic de stups ne révèle trop de secrets aux dealers. Ou que l’équipe chargée de protéger la mission ultrasecrète ne tombe, le jour J, dans une embuscade sanglante. Sans doute. Voir partir en fumée des millions d’euros de marchandise en un immense feu de joie, ne doit jamais ravir les trafiquants.
Il n’en demeure pas moins que lorsque les forces de l’ordre interceptent 330 kg de cannabis ou 40 kg de cocaïne, en l’espace de deux jours, à des péages de la Ville rose, se pose inévitablement la question de leur destruction.
« La drogue, ce n’est pas comme un immeuble ou une voiture que l’on saisit lors de l’interpellation de dealers. L’État ne peut pas se l’approprier en tant qu’avoir criminel et la recycler », relève, goguenard, un spécialiste du dossier.
Échantillonnage et labos d’analyse
Autres temps, autres mœurs ? Des années après s’être fait claquer la porte au nez – le lot quotidien de la profession -, certains acteurs hésitent moins à nous éclairer sur cette procédure. Tout en prenant soin de préserver la confidentialité des opérations.
« Une fois la saisie effectuée, la drogue est placée sous scellés et fait l’objet d’une ordonnance du parquet ou d’un juge d’instruction, détaille un officier. Elle est conservée dans des salles sécurisées avec digicodes, alarmes et gardes armés ».

L’efficacité préside aux opérations. « On prélève deux échantillons à des fins d’expertise et de contre-expertise, à envoyer aux labos d’analyse. Sur 300 kg de résine de cannabis on ne va conserver que quelques grammes. Le reste est rapidement détruit. D’une part car ce stockage prend de la place. Et d’autre part car conserver ces produits pourrait s’avérer dangereux pour les personnels qui en ont la charge », décrypte un ancien magistrat toulousain spécialisé, rompu à l’exercice.
« Minorer aussi les risques de corruption »
Dans les gros dossiers, c’est le juge d’instruction qui signe l’acte de destruction. « Mais au quotidien, en fonction des saisies et des modalités de poursuites, cela peut être le procureur ou le tribunal ».
Un de ses collègues corrobore. « Se débarrasser rapidement des produits minore aussi les risques de corruption. J’ai en mémoire une affaire dans laquelle un membre des forces de l’ordre gardait la drogue après l’avoir saisie. Il s’en servait de monnaie d’échanges [avec des informateurs], voire en revendait ».
Cartographier l’origine du produit
Les échantillons prélevés sont analysés par des chimistes. « Dans le cas du shit par exemple, cela nous sert à déterminer le taux de THC et l’origine du produit. Des origines communes peuvent permettre d’établir un lien entre plusieurs dossiers », décrypte un expert.
Le reste de la marchandise part pour l’incinérateur de déchets ménagers. « Deux enquêteurs assistent à l’opération, pour attester de sa destruction », complète un officier. Qu’elle soit destinée à être inhalée, ingérée, sniffée ou injectée, la drogue saisie connaît invariablement la même fin : partir en fumée.














