À quelques encablures de Toulouse, au sud de la Haute-Garonne, un village de moins de 250 habitants dissimule un secret vertigineux : ses ruelles médiévales, ses remparts et sa cathédrale reposent littéralement sur les fondations d’une métropole antique qui comptait jusqu’à 10 000 âmes. Saint-Bertrand-de-Comminges, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, n’est pas seulement un bijou du patrimoine pyrénéen. C’est aussi, et peut-être surtout, la face visible d’une ville romaine enfouie, Lugdunum Convenarum, dont les vestiges continuent de fasciner archéologues et visiteurs.

Lugdunum Convenarum, une ville née de la conquête de Pompée
Tout commence en 72 avant Jésus-Christ, dans le sillage d’une campagne militaire. Le général romain Pompée, victorieux de Sertorius en Hispanie, repasse les Pyrénées et cherche à fixer ses troupes devenues inutiles. Pour les occuper, il regroupe plusieurs peuples aquitains de la région, Convènes, Consoranii, Garumni et Onesii, et fonde une agglomération sur un promontoire dominant la plaine garonnaise : Lugdunum Convenarum, littéralement « la colline du dieu Lug des Convènes ». C’est le géographe grec Strabon qui en laisse la première mention écrite, preuve que la ville atteignait assez vite un rayonnement dépassant les frontières de la province.
Sous les règnes d’Auguste et de Tibère, la cité connaît une expansion remarquable, obtient le titre de colonie romaine et intègre la province de Novempopulanie au début du IVe siècle. Ce qui n’était qu’un poste frontière militaire s’est transformé en une ville opulente, avec une population estimée à quelque 10 000 habitants à son apogée.
Un forum, des thermes, un théâtre : une ville romaine complète sous les pierres médiévales
Ce qui rend Lugdunum Convenarum particulièrement saisissante, c’est l’ampleur de ce qui a été construit ici en quelques générations. La cité basse, qui s’étendait dans la plaine jusqu’au village voisin de Valcabrère, disposait de tous les attributs d’une grande métropole impériale : un forum agrémenté d’un temple en marbre des Pyrénées, des thermes publics, un théâtre adossé à la colline, et surtout un marché dont les archéologues s’accordent à dire qu’il comptait parmi les plus vastes de l’Occident romain. Un amphithéâtre, un port sur la Garonne et un camp militaire complétaient cet ensemble, dessinant le plan d’une ville bien plus structurée qu’on ne l’imaginerait en arrivant aujourd’hui dans ce lieu paisible.
Le marbre utilisé pour le temple provenait directement des carrières pyrénéennes toutes proches, ce qui témoigne des ambitions architecturales de la cité. En contrebas des petites rues médiévales, dans les prés, les ruines restent lisibles pour qui prend le temps de s’y attarder.
Quand les Francs ont effacé Rome
La fin de Lugdunum Convenarum est brutale. En 585 après Jésus-Christ, le roi franc Gontran, petit-fils de Clovis, décide d’assiéger la ville dans le cadre des guerres de succession mérovingiennes. Un prétendant au trône, Gondovald, s’y était réfugié. La cité est prise et en grande partie détruite, mettant un terme à plus de six siècles d’occupation continue. Elle avait pourtant déjà survécu à la chute de l’Empire romain d’Occident, ce qui témoigne de sa solidité et de son importance dans la région.
C’est au XIe siècle que commence la renaissance du lieu, sous l’impulsion de Bertrand de l’Isle, évêque de Comminges qui donnera son nom au village. Sa cathédrale Sainte-Marie, dont la construction s’étale sur plusieurs siècles et mêle roman, gothique et renaissance, s’élève précisément à l’endroit où se trouvait autrefois la ville haute romaine, sur le promontoire qui domine la plaine. La superposition des deux époques est presque symbolique : là où Rome avait bâti sa domination, le Moyen Âge a planté sa foi.
Ce que l’on peut voir aujourd’hui sur le site antique
Depuis Toulouse, à environ 1h30 de route, le site antique de Saint-Bertrand-de-Comminges mérite amplement le détour, d’autant que la visite se déploie sur deux niveaux bien distincts. En haut, la cité médiévale avec ses remparts, ses ruelles et sa cathédrale classée monument historique depuis 1840. En bas, dans la plaine, le site archéologique de Lugdunum Convenarum où les vestiges du forum, du théâtre et des thermes demeurent visibles in situ, comme nous vous le disions déjà dans nos précédents reportages sur les grands sites d’Occitanie.
La basilique paléochrétienne Saint-Just-de-Valcabrère, toute proche, présente quant à elle la particularité d’avoir été largement construite avec des matériaux récupérés directement sur les ruines romaines, pierres taillées et fragments architecturaux inclus, ce qui en fait elle-même un témoignage vivant du passage de l’Antiquité au Moyen Âge. Pour les amateurs d’histoire, ce double palimpseste est une aubaine rare : en une seule visite, deux civilisations à portée de regard.












