Chaque automne, entre mi-septembre et mi-octobre, les forêts cévenoles résonnent d’un son rauque et puissant qui n’appartient qu’à cette saison. Ce samedi, une sortie guidée est organisée aux abords du Mont Aigoual pour aller à l’écoute du brame du cerf, l’un des spectacles les plus saisissants que la faune sauvage d’Occitanie puisse offrir.
Le brame, un phénomène bref et imprévisible
Tout commence à la tombée de la nuit. Le cerf élaphe, à la faveur de la saison des amours, pousse un appel guttural long et puissant, destiné à attirer les biches et à tenir les rivaux à distance. Ce cri, qu’on appelle le brame, est le signal sonore le plus caractéristique de la faune automnale en Europe. Il dure rarement plus de quatre à cinq semaines, et sa fenêtre d’écoute est étroite puisque les meilleures conditions se réunissent surtout en fin de journée, par temps calme et sans vent.
C’est précisément cette brièveté qui rend l’expérience si particulière. Chaque soirée est différente, chaque sortie est une forme de pari sur les conditions du moment : les cerfs ne se commandent pas, et c’est une bonne partie de ce qui fait le charme de la chose.
Le Mont Aigoual, un terrain d’écoute privilégié
Le massif de l’Aigoual, point culminant du Gard à 1 567 mètres d’altitude, s’impose comme l’un des meilleurs sites d’Occitanie pour observer et entendre le brame. Intégré au Parc national des Cévennes, il abrite une population de cerfs installée de longue date dans une forêt domaniale reboisée à partir de 1874 par le forestier Georges Fabre. Cette forêt, aujourd’hui labellisée Forêt d’Exception, mêle épicéas, hêtres et pins dans un environnement dense qui favorise à la fois le cantonnement des cervidés et la propagation du son.
La topographie du massif joue aussi en faveur de l’écoute. Les vallées encaissées, les clairières en altitude et l’absence de pollution sonore créent des conditions acoustiques idéales pour percevoir le brame à plusieurs centaines de mètres de distance, parfois plus. À cela s’ajoute le fait que le massif de l’Aigoual bénéficie depuis 2018 du label de plus grande réserve de ciel étoilé d’Europe, ce qui en fait un endroit où les soirées d’automne, même en dehors du brame, ont quelque chose d’assez rare.
La sortie de ce samedi : comment ça se passe ?
La Maison de l’Aigoual, au col de la Serreyrède près de L’Espérou, est le point de départ habituel des sorties naturalistes organisées chaque automne sur le massif. Ces sorties accompagnées, encadrées par des guides du territoire, débutent par une présentation de l’espèce et des conditions optimales d’observation, avant de s’élancer dans la forêt à la tombée du soir, jumelles en main. La Fédération Départementale des Chasseurs du Gard et l’Office de Tourisme Mont Aigoual Causses Cévennes sont les organisateurs habituels de ces animations, et les inscriptions sont obligatoires puisque les groupes sont volontairement réduits pour ne pas perturber les animaux.
Pour ce type de sortie, l’équipement est à prendre au sérieux. Les températures sur le massif chutent rapidement dès la nuit tombée, même en septembre, si bien qu’une veste chaude, des chaussures de randonnée et des vêtements de couleurs discrètes sont indispensables. Un silence total est de mise dès que le groupe s’approche des zones d’écoute, car le cerf est un animal méfiant qui abandonne immédiatement ses appels au moindre bruit suspect.
D’autres sites en Occitanie pour entendre le brame ce week-end
Pour ceux qui préfèrent rester plus proches de Toulouse, plusieurs alternatives existent ce samedi dans la région. Au pied du pic de Cagire, en Haute-Garonne, un accompagnateur en montagne propose des sorties nocturnes dans les forêts et clairières de la vallée d’Aspet, dans une ambiance de brumes et de sous-bois que les habitués décrivent comme particulièrement enveloppante. En Aveyron, c’est la station de Brameloup sur les Monts d’Aubrac qui accueille ce samedi une randonnée accompagnée, avec départ à 16h30 et retour vers 19h30, à partir de 30 euros par personne.
Plus loin, les Pyrénées audoises proposent également des soirées brame encadrées, au cœur de la montagne audoise entre Haute Vallée de l’Aude et Pays de Sault, avec matériel d’observation fourni sur place.
Depuis Toulouse : prévoir la route et réserver vite
L’Espérou et le secteur du Mont Aigoual se trouvent à environ 250 kilomètres depuis Toulouse, via les routes des Cévennes. La saison du brame est courte, et les places sur les sorties accompagnées partent vite dès que les premières nuits fraîches s’installent. Si vous attendez trop longtemps, vous risquez de vous retrouver dans une forêt bien silencieuse !













